Régression, Thérapie des Vies Antérieures pour une Libération, Ici et Maintenant

par

Samuel Sagan, Docteur en Médecine

Traduit par Michel Frapech



Titre original: Regression, Past-Life Therapy for Here and Now Freedom

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Un manuel concis et pratique pour comprendre et analyser les expériences de la vie antérieure. Au début des années 1979 et 1980, Samuel Sagan, un jeune docteur en médecine, fut tellement impressionné par les résultats stupéfiants obtenus au moyen de la technique des régressions qu'il en fit son mode principal de travail avec ses patients.

Pendant une période de quinze années, il développa ISIS, un système complet de thérapie utilisant la régression dans les vies antérieures. Ce sont les principes majeurs de cette technique qui sont présentés dans ce livre. Les textes qui suivent sont extraits de ce livre.



Table des matières

Introduction

Chapitre 1. Les mecanismes des samskaras

Chapitre 2. Samskaras et quête pour la liberté

Chapitre 3. Émotions contre sentiments

Chapitre 4. Les causes des émotions et des sentiments

Chapitre 5. Samskaras et méditation

Chapitre 6. Samskaras et désordres physiques

Chapitre 7. La fin des samskaras

Chapitre 8. Se souvenir de ses vies antérieures

Chapitre 9. Comment retrouver la mémoire

Chapitre 10. Foire aux questions

Conclusion




Régression
Thérapie des Vies Antérieures pour une Libération, Ici et Maintenant

INTRODUCTION

La régression est une des grandes techniques du futur dans le champ de la découverte de soi-même et de la psychothérapie. Une de ses caractéristiques essentielles est qu'elle intègre deux dimensions dans le même processus: une dimension psychothérapeutique et une dimension métaphysique.

Pour les psychothérapeutes, la régression est une technique transpersonnelle permettant des explorations et des découvertes d'une profondeur sans précédent. Grâce à cette technique, il devient également possible d'introduire dans la psychothérapie une dimension métaphysique dont le besoin se fait impérieusement sentir.

Pour les chercheurs en spiritualité, la régression est un outil majeur d'ouverture de la perception, un puissant éveilleur du troisième œil et par-dessus tout un moyen de déconditionnement mental. Elle réalise une profonde et systématique purification du niveau émotionnel – qui n'est pas sans rappeler la catharsis que Bernard de Clairvaux, patron des templiers, avait coutume de définir par le mot latin defœcatio et qu'il considérait comme un indispensable préliminaire à une expérience spirituelle supérieure.

Le but de la régression est d'explorer et de révéler les blocages émotionnels et les complexes mentaux comme beaucoup d'autres thérapies. La spécificité de la régression, cependant, repose dans sa capacité insurpassable à atteindre les mémoires cachées conscientes ou inconscientes. Même dans les premières séances, il est courant d'expérimenter des flash-back qui ne peuvent être liés à aucune expérience dans la vie présente, mais s'accompagnent d'un sentiment profond et d'une certitude intérieure qu'elles se réfèrent à notre personne. Le nom de thérapie des vies antérieures est souvent donné à la régression.

Au sujet des vies antérieures, cependant, quelques points doivent êtres clarifiés dès le début. Premièrement il n'est pas nécessaire de croire à l'existence des vies antérieures pour pratiquer la régression. ISIS, la technique de régression que j'ai développée, n'utilise ni l'imagination ni la visualisation créatrice. Elle ne vous demande pas de croire à quelque chose mais seulement de suivre un cheminement. En fait, moins vous croyez, plus vous avez de chances de succès car les croyances génèrent des espérances qui tendent à perturber la pureté des expériences.

Quelques flash-back durant la régression ont une extrême clarté et laissent le client avec peu de doutes quant à leur réalité. Le but des expériences de régression n'est pas de savoir si les impressions viennent des vies antérieures, mais quelle sorte d'amélioration elles peuvent apporter au présent. Pour utiliser les paroles d'un de mes clients, juste à la fin d'une intense régression : « Je ne peux rien dire au sujet des vies antérieures, mais autant que ma vie est concernée cela a certainement beaucoup de sens.» Le sujet important est comment la vie présente du client peut être changée et non pas tellement l'origine de l'expérience. Laissons les gens décider par eux-mêmes quelle est la nature réelle de ces flash-back. Cependant, les lecteurs seraient mal inspirés d'essayer de réfléchir avant de suivre des régressions eux-mêmes. L'intensité et la précision des flash-back sont en effet bien plus grandes que la plupart des gens ne l'imaginent quand ils pensent à la thérapie des vies antérieures. De plus, quelques régressions sont accompagnées d'un « parfum de Moi », d'un sens de continuité du temps que les mots sont impuissants à décrire aussi longtemps que vous n'en avez pas fait l'expérience vous-même.

Un second point essentiel est que le but de la méthode de régression ISIS n'est pas d'écrire un roman au sujet de vos vies antérieures, mais de travailler à éclairer le présent. La régression est concernée par les blocages émotionnels et mentaux présents du client et par les moyens propres à s'en libérer. Cela peut conduire à expérimenter de nouveau des épisodes de la petite enfance ou même certains épisodes qui ne peuvent être reliés à aucun évènement de la vie présente. Cependant, si les clients commencent à s'intéresser plus aux détails des histoires de leurs vies antérieures qu'à savoir comment la régression peut les aider à devenir plus libres et plus éveillés, alors le processus peut rapidement devenir sans signification et amener, de plus, toutes sortes de désillusions.

Cet avertissement est essentiel et sera donc répété plusieurs fois au cours du livre. Les buts d'ISIS sont le déconditionnement, la liberté émotionnelle ici et maintenant et la connaissance de Soi-même. Les buts d'ISIS sont de dévoiler votre réelle nature et font peu de cas de ce que vous avez été.

Troisièmement, mon intention n'est pas d'argumenter ou de démontrer la réalité des vies antérieures. En fait, je ne crois pas que l'on puisse prouver leur réalité, de même qu'il n'y a absolument aucun moyen de prouver la réalité des rêves. Il arrive que l'on se souvienne de ses rêves, au moins de temps en temps et leur existence ne fait de doute pour personne. Mais supposez que vous viviez dans un monde où personne, sauf vous, ne se souvient de ses rêves! Comment pourriez-vous prouver leur réalité? Chaque fois que vous raconteriez votre histoire, la plupart des gens répondraient immédiatement "Cela n'a aucun sens!" Vous pourriez essayer de produire un EEG montrant que l'organisation des ondes cérébrales de votre cerveau était modifiée chaque fois que vous rêvez. Mais alors les sceptiques argumenteraient que cela prouve seulement que les ondes cérébrales de votre cerveau changent et qu'il n'y a pas besoin d'inventer quelque chose d'aussi extravagant que les rêves pour expliquer le phénomène.

De même, seule l'expérience directe peut apporter une compréhension réelle des vies antérieures. Il vaut mieux montrer des techniques qui procurent cette expérience directe et laisser le temps faire son travail. Comme Einstein avait l'habitude de le dire, il est rare que les gens se laissent convaincre eux-mêmes par de nouvelles idées. Ce qui arrive c'est que les gens avec les vieilles idées finissent par mourir et ceux qui leur succèdent trouvent les nouvelles idées très naturelles et les adoptent. Dès qu'une proportion suffisante de la population aura expérimenté le type de flash-back qui se produit durant la régression, il est fort probable que les expériences de vie antérieure seront aussi communément acceptées que les rêves.

J'ai été invité, un jour, à parler du sujet de la régression par une société qui m'avait contacté après avoir lu un de mes articles dans un magazine de santé. J'acceptais sans autre enquête. J'arrivais dans leurs bureaux avec un quart d'heure d'avance et après qu'une secrétaire m'eut accueilli avec un bonjour poli mais distant, je décidais de passer le temps qui me restait à lire les brochures de l'organisation. Je réalisais immédiatement que j'étais arrivé dans un groupe de sceptiques qui m'avaient invité dans le seul but d'attaquer mes points de vue. Après un moment d'intense cogitation Je décidais d'adopter une nouvelle stratégie et de changer la présentation de mon exposé.

Je leur tenais le discours suivant (et je demande aux lecteurs sceptiques de regarder ce livre de la même manière) : " Voici les études de cas de nombre de mes clients. Voici les mots qu'ils ont prononcés lorsqu'ils allaient à travers ces flash-back. Je ne prétends pas que ceci démontre ou prouve quoi que ce soit. Cependant, un enseignement doit émerger de ces expériences car les régressions se multiplient et j'ai observé des processus similaires dans des milliers de sessions. Il vous appartient de tirer vos propres conclusions. Pour moi, les faits parlent d'eux-mêmes. Après ces régressions, les clients vont mieux. Pas tous bien sûr, mais un nombre significatif. Ils arrêtent les tranquillisants et les somnifères. Ils trouvent plus facile de communiquer avec les autres et leur niveau général de névrose décroît. Un certain nombre d'entre eux subissent même une profonde transformation et modifient leur échelle de valeurs. Quelques-uns adoptent une attitude beaucoup plus philosophique envers la vie et commencent à se questionner sur le but de leur présence sur la Terre".

En n'essayant pas de les convaincre de quoi que ce soit, j'ai pris ces sceptiques par surprise. Ils devinrent réceptifs d'une façon surprenante. Nous avons beaucoup ri du caractère maladroit de quelques-unes de mes études de cas et leur président conclut la soirée en déclarant qu'après tout, leur société était en faveur de toute technique permettant de vider les poubelles de l'esprit, ce que fait exactement la régression.

Plus qu'une nouvelle technique, la régression est une nouvelle expérience ou plutôt l'utilisation d'une expérience ancienne dans des conditions inconnues jusqu'à maintenant. Au travers de l'histoire, de l'Indien Rishis via Pythagore et Platon et d'une lignée ininterrompue de voyants, il y a toujours eu des individus qui se souvenaient d'expériences de réincarnation sur cette Terre. Mais ces expériences sont restées rares. Au cours des quinze dernières années, j'ai été témoin d'un changement radical dans la manière dont les gens accèdent aux flash-back concernant la vie antérieure (quel que soit d'ailleurs le nom que vous décidiez de donner à ces expériences.)

Lorsque je pratiquais la régression dans le début des années 1980, je devais confiner mes clients dans un endroit tranquille et retiré pendant deux semaines consécutives, mettant en application les techniques sans interruption. Le procédé était extrêmement énergique et ne pouvait concerner que des personnes qui avaient atteint un certain degré de stabilité émotionnelle grâce à des années de travail sur elles-mêmes. Normalement, ce n'était seulement qu'après sept ou dix jours passés à construire leur conviction interne que quelques participants commençaient à avoir des expériences de régression.

Au milieu des années quatre-vingt-quinze, la situation est devenue tout à fait différente. Le séjour en pension complète n'est plus nécessaire. Des sessions privées hebdomadaires d'une à deux heures sont suffisantes. Quelques clients, quand ils s'allongent dans mon cabinet pour la première fois, commencent même à régresser avant que j'ai fini de mettre mes techniques en application! Le procédé est devenu relativement calme et tranquille et peut ainsi s'ouvrir à presque à tous.

En outre, les régressions que tous ces gens expérimentent sont souvent plus profondes et plus vraies que celles de leurs prédécesseurs, quinze ans auparavant. Évidemment quelque chose a changé. De plus en plus fréquemment on entend parler de personnes qui vont voir leur acuponcteur pour un mal de cou ou autre problème mineur et qui expérimentent d'une façon inattendue un éclair momentané de vie antérieure aussitôt que les aiguilles sont placées sur leur corps – même si, ni eux-mêmes ni l'acuponcteur ne connaissent quoique ce soit au sujet de la régression.

Naturellement, cela reste des cas relativement isolés et il ne serait pas raisonnable d'espérer que vous allez connaître vos vies antérieures avec un claquement de doigts. Tout travail de qualité demande temps et efforts. Toutefois l'accès à l'état de régression est devenu infiniment plus aisé qu'il n'avait coutume d'être et ceci pourrait finir par avoir des conséquences considérables non seulement sur différents domaines de la thérapie, mais sur certains fondements de notre société.

ISIS, connecteur et client

La technique de régression ISIS est basée sur trois principes principaux :

  1. L'espace intérieur du troisième œil, contacté à travers le point situé entre les sourcils.
  2. L'interaction entre deux personnes: une qui s'allonge et effectue l'expérience de régression et l'autre qui se place à ses côtés et surveille l'énergie durant la session. La première est appelée le 'client' et la seconde le 'connecteur'.
  3. La recherche systématique de l'origine (source) de toutes les empreintes émotionnelles et du conditionnement du comportement (sourcing en anglais).

Les initiales des trois termes, "Inner-Space Interactive Sourcing", se combinent pour former le sigle évocateur: ISIS.

Il faut noter que la technique ISIS n'utilise aucune sorte de suggestion hypnotique ou d'hyper ventilation. Elle opère au travers d'une activation de l'énergie du corps et en particulier du troisième œil. Cela conduit à une nouvelle perception complète des émotions en tant que formes et ondes dans la conscience. Nous aurons ainsi plusieurs opportunités au cours de ce livre d'explorer certains mécanismes en relation avec les corps subtils et leur destinée après la mort.

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CHAPITRE 1

LES MECANISMES DES SAMSKARAS

Samskara est un des plus importants termes sanskrits de la philosophie hindoue. Le Yoga, l'union avec le Moi Supérieur, est dit réalisé aussitôt que le dernier samskara a été résolu. Ainsi l'objectif principal de tous les Yogas, de tous les cheminements de transformation de soi-même, est d'éradiquer les samskaras de l'esprit. C'est pourquoi il est si important pour ceux qui veulent se connaître eux-mêmes ou plutôt leur Moi, d'avoir une vision claire de tous les mécanismes de leurs samskaras.

1.1 Le mécanisme fondamental

Vous avez un accident de voiture dans un lieu particulier. Alors, pendant longtemps, chaque fois vous repassez en conduisant dans cet endroit vous vous sentez mal à l'aise, une vague de peur vous prend. L'empreinte du traumatisme laissé dans votre esprit après l'accident est appelée un samskara. Le malaise qui apparaît par la suite chaque fois que vous conduisez à nouveau dans ce lieu est appelé une émotion réactionnelle, ou plus simplement une émotion. La tendance du samskara à générer une vague de peur, chaque fois que l'on se rappelle l'accident, est appelée le dynamisme du samskara.

Fondamentalement, tous les samskaras opèrent de la même façon. De plus, d'après les Upanishads, les derniers chapitres des Védas, aussitôt que le dernier nœud des samskaras dans le cœur a été dénoué, l'état de conscience le plus élevé est perçu, la liberté absolue est atteinte et martyo 'mṛto bhavati, "le mortel devient immortel".1

1.2 Comment pouvons-nous définir un samskara?

Les samskaras sont des traces laissées dans l'esprit par des expériences précédentes traumatisantes. En termes approximatifs, les samskaras sont les cicatrices de l'esprit. (L'association samskara-cicatrice (scar en anglais) est facile à mémoriser.) Dans le modèle "quaternaire" des corps subtils utilisé dans ce livre, la couche de l'esprit correspond au corps astral.2 Les samskaras peuvent alors êtres regardés comme des empreintes ou cicatrices dans le corps astral, comme nous l'examinerons en détail au cours de cet ouvrage.

Considérons quelques exemples pour clarifier le concept de samskara. Si une femme est violée par son père quand elle est âgée de seize ans, cet évènement laisse une trace dans son organisation psychologique et cette trace est un samskara. Sa façon d'être en relation avec les hommes ne sera jamais plus la même. Dans différentes situations de la vie, cette trace influencera profondément son comportement émotionnel. Cela signifie que le samskara n'est ni neutre ni muet. Il est, au contraire, doté d'un dynamisme puissant – d'une forte charge émotionnelle. Il génère des émotions, des attractions et des répulsions qui modifieront de façon significative la vie intérieure de cette personne. Étant associé à de telles mémoires traumatisantes et douloureuses, le samskara ne peut rester silencieux ; il doit s'exprimer lui-même d'une manière consciente ou inconsciente. Ceci s'applique à tous les samskaras – non pas seulement à quelques cas particuliers. Que vous le réalisiez ou non, au plus profond de vous-même vos samskaras réclament perpétuellement une guérison.

Maintenant supposons que cette femme, au lieu d'être violée à l'âge de seize ans, ait été agressée quand elle en avait trois ans. Son expérience a dûêtre encore plus terrifiante et plus traumatisante, car, en tant que petite fille, elle n'avait aucun moyen de comprendre ce qui lui arrivait. Pour elle l'agression a été ressentie comme un meurtre. Mais le choc a été si insupportable qu'elle a tout oublié, effaçant l'épisode de sa mémoire consciente. Pourtant ce samskara a été stocké avec une charge émotionnelle plus grande encore que dans le cas de la jeune fille de seize ans ; mais dans ce cas, le samskara est complètement inconscient. Plus tard en tant qu'adulte sa vie entière émotionnelle et sexuelle sera sapée par un traumatisme caché qu'elle ignorera complètement. Elle peut fuir les hommes ou courir après ou révéler toutes sortes de comportements irrationnels contre sa propre volonté. Elle peut développer une maladie majeure dans la région pelvienne ou faire une fausse-couche quand elle essaiera d'avoir un enfant. Sans un procédé qui lui permette d'explorer les profondeurs de son inconscient, elle ne sera jamais capable de comprendre pourquoi sa vie est un tel désordre. Chaque essai pour réorganiser son existence sera voué à l'échec dès le début car il lui manque la pièce principale de son puzzle personnel.

Jusqu'ici, tout ce qui a été envisagé correspond aux modèles psychanalytiques aux modes psychologiques communs de compréhension. De plus, on pourrait réfléchir au fait que les textes sanskrits avaient déjà évoqué ces problèmes quelques milliers d'années avant Freud. Mais il y a une différence majeure quand on pratique la régression – les clients découvrent nombre de samskaras qui ne peuvent être reliés à aucune expérience de leur vie présente.

Étude de cas – Femme âgée de vingt deux ans. Durant le début de la session ISIS un point très douloureux s'était révélé dans la région de l'estomac. Après vingt ou trente minutes passées à mettre en application la technique, la cliente devint très calme et sereine et se mit à revivre l'expérience suivante.3

Que ressentez-vous? – Tout me paraît fané, défraîchi, gris. Sentiment d'impuissance. Une femme avec sa tête pendante entre ses épaules, en arrière. Elle est assez jeune, avec de longs cheveux et une robe blanche. Je ne peux pas voir son visage.

Se sent-elle heureuse ou triste? – Elle est très triste

Pleure-t-elle? – Non

Ressent-on le chaud ou le froid autour d'elle? – Le froid

Y a-t-il quelque bruit? – Non. C'est un silence de mort. Elle est vraiment fatiguée. Sensation de malaise, estomac contracté.

Que veut-elle? - Elle veut retrouver quelque chose qu'elle a perdu. Elle sait qu'elle ne peut rien faire.

Est-elle seule? – Oui. Elle est très jeune. Elle est blessée.

Blessée physiquement? – Oui.

Ressent-elle quelque douleur? – Elle a perdu beaucoup de sang. Mais elle n'y prête pas attention. Elle a très froid.

Pouvez vous ressentir sa douleur? – Elle part de l'estomac, dans la cage thoracique et va jusque dans le dos, entre les omoplates. Elle peut sentir les battements de son cœur. Elle a des regrets. Sa famille est partie et ne peut revenir. Elle veut seulement mourir.

Sa famille? – Un homme. Et son enfant. Son enfant avait trois ans. Il avait des cheveux doux et bouclés... Elle a été attaquée. L'homme était très fort.

Et l'enfant? – L'enfant a été tué. Il est mort devant elle.

Comment? – Ce fut très difficile, très cruel. Elle ne se souvient pas tellement de cela.

Comment est-il mort? – Une lance l'a transpercé. Ses lèvres sont devenues bleues. . . La femme a été agressée aussi.

Qu'est-ce qu'ils lui ont fait? – A peu près six soldats.

A quoi ressemblaient-ils? – Manteaux noirs, cheveux courts, avec des casques. Quelque chose sur le haut des casques. Pas de barbe. Ils avaient la peau sombre. Plus petits que l'homme.

Que lui ont-ils fait? – Je ne sais pas. Elle ne s'en souvient pas. Cela n'a pas d'importance.

Essayez de voir. – Quatre hommes la tiennent. C'est difficile à dire. Ils la tiennent et la violent juste auprès du corps de l'enfant.

Était-il mort? - Oui

Et alors? – Quand ils eurent fini, le dernier lui donna un coup dans l'estomac et dans les côtes. C'est pourquoi elle a un goût de sang dans sa bouche.

Et alors? – Elle retourne en rampant dans sa maison... Et elle meurt un moment pus tard.

Comme c'est souvent le cas, ce samskara était enseveli et la jeune femme n'avait jamais suspecté sa présence avant. Cependant il n'était pas enseveli assez profond puisqu'il pouvait remonter à la surface et être expérimenté une nouvelle fois dans cette régression, qui était seulement la seconde du traitement. Après une telle charge émotionnelle, si dramatique, il n'était pas possible que le samskara reste neutre et inactif. Une année avant que la régression ne prenne place, cette jeune femme avait perdu un enfant par fausse couche quelques semaines avant terme. Tandis qu'elle entrait en régression, elle reconnut immédiatement que la douleur ressentie à l'époque de la fausse couche était exactement la même que la douleur de la femme quand elle fut violée et son fils tué.

La superposition des deux épisodes est tout à fait curieuse. C'est comme si un drame du passé devait être rejoué car les blessures restantes n'avaient pas guéri. Si elle n'avait pas réalisé que ce samskara était enseveli dans son inconscient et l'influençait, quelle chance avait alors cette jeune femme de comprendre ce qui lui arrivait dans sa vie actuelle? Dans des cas comme celui-ci, il est difficile de savoir si la fausse couche se serait produite, si les régressions avaient été conduites avant la grossesse. Cependant, aussitôt que le client découvrit ce samskara, sa vie commença à changer. Sa tristesse diminua et la blessure émotionnelle due à la fausse couche commença à guérir. Elle se recentra et sa vie retrouva un plus grand sens.

1.3 Les samskaras sont-ils toujours associés à des expériences négatives?

Le critère pour qu'un samskara majeur soit imprimé n'est pas la peine, mais l'intensité. Les samskaras forts sont gravés dans le corps astral quand un épisode est associé à une intense émotion. Nous savons tous, à partir de notre propre expérience dans cette vie, que nous avons tendance à être plus souvent trop malheureux que trop heureux. On peut s'attendre au même phénomène dans les vies précédentes. Ceci explique pourquoi les samskaras majeurs émergeant de notre passé ont statistiquement plus de chance d'être reliés à des évènements malheureux qu'a des expériences heureuses. Pourtant n'importe quelle joie intense peut créer un samskara, de même que la médecine chinoise considère que la joie peut déclencher une attaque cardiaque.

Étude de cas – Un homme de vingt quatre ans.

– Je suis dans un espace très petit, avec comme du métal tout autour de moi. Il y a une vibration, une vibration métallique. Je vois tous ces gens. Je sais que je suis blessé du côté droit mais je ne le sens même pas. Je suis complètement épuisé, anéanti. Et en même temps c'est BON! Comme si je m'étais battu pendant trois jours et trois nuits sans interruption! C'est comme si c'était. . . au-delà de tout. Il ne reste rien de moi, il y a juste le ciel.

– C'est un cockpit. Je suis dans un avion. Je peux entendre le bruit et il y a la vibration. L'avion va atterrir. C'est plus que d'être épuisé, c'est comme voir chaque chose avec un certain recul.

– Il y a un choc quand l'avion touche le sol. Et je peux voir tous ces gens, une foule qui m'attend. Il y a un sentiment de gloire... Oh! Mon Dieu! C'est énorme. Dans mon cœur, un sentiment IMMENSE de gloire. Je ne sais pas ce que j'ai fait, mais ils aiment beaucoup. C'est la guerre...

– Mon avion est posé et ils font tous des signes avec leurs bras. Ils courent vers l'avion. Oh! Mon Dieu! (Il commence à pleurer). Je pense que maintenant je craque. Je n'ai pas dormi depuis longtemps, longtemps, longtemps... Je ne pensais pas que quelqu'un puisse ressentir autant la gloire.

1.4 Comment les émotions intensifient-elles le samskaras?

Il y a plusieurs raisons qui font qu'un samskara est imprimé beaucoup plus profondément dans votre structure s'il est accompagné d'une émotion intense. Supposons que vous allez être décapité. L'expérience laissera une plus profonde impression dans votre psychisme que si vous alliez voir votre coiffeur. Vous pouvez aller à un rendez-vous chez votre coiffeur machinalement, perdu dans vous rêves, sans être réellement concerné. Vous ne pouvez pas aller à votre exécution sans vous sentir concerné. Vous pouvez avoir oublié plusieurs visites chez votre coiffeur, mais si vous réussissez à vous évader du cachot, jamais vous ne l'oublierez, car dans le cachot vous ítes dans une situation exceptionnelle. Tous vos sens sont largement ouverts. Vous êtes complètement éveillé et vigilant. Ce n'est pas un nuage flou qui est imprimé dans votre mémoire, mais un ensemble de pensées, sentiments et perceptions aigus et précis. Si vous vous en sortez vivant, même trente ans plus tard, vous serez capable de vous rappeler les moindres détails. Chaque parcelle d'information sera stockée: à quoi ressemblait, que sentait cet endroit, quelle était la couleur sur les murs, chaque bruit et chaque odeur, toutes vos émotions et tous vos sentiments. Et si vous finissez par mourir dans le cachot vous garderez cet ensemble de mémoires avec vous comme l'un des plus nette de votre vie entière et vous l'emporterez avec vous dans les vies qui suivront.

1.5 Tous les samskaras sont-ils créés par des évènements majeurs ou des émotions?

Quelques samskaras majeurs peuvent être créés par des évènements tout à fait insignifiants, car le samskara n'est pas dûà l'évènement lui-même, mais à votre réaction émotionnelle face à lui. Par exemple, un enfant peut être complètement terrifié par un animal. Pour l'enfant, même un chien docile peut soudainement se transformer en un terrible monstre menaçant et causer une peur panique irrationnelle, générant par ce fait un samskara très fort. D'un autre côté, quelques personnes restent émotionnellement stables dans des circonstances dramatiques et en conséquence traversent des évènements intenses sans qu'aucun samskara majeur ne soit imprimé.

1.6 Micro-samskaras et samskaras proprement dit

Jusqu'à maintenant nous avons seulement considéré les samskaras qui sont dotés de fortes charges émotionnelles. En dehors de ces empreintes majeures, des myriades d'empreintes mineures sont aussi stockées dans notre mental.

Les informations que vous recevez constamment de vos organes sensoriels sont conservées dans les parties subconscientes de votre mental. Vous savez que les détails ne sont pas perdus car ils peuvent être rappelés dans votre mémoire n'importe quand, s'ils sont déclenchés par une stimulation appropriée. Par exemple, vous arrivez dans un endroit où une certaine odeur flotte dans l'air et soudainement une connexion est faite avec un épisode distant de votre passé. En une fraction de seconde vous êtes transporté dans une pièce où vous étiez trente ans auparavant. Les couleurs, les sons, l'atmosphère de cette pièce reviennent à votre conscience car l'odeur dans celle-ci était similaire à celle que vous ressentez maintenant. Cette remémoration n'a pas lieu à cause de quelque évènement dramatique qui vous était arrivé dans cette pièce. La situation était tout à fait ordinaire et aucune émotion particulière ou douleur n'était ressentie. Le même mécanisme a souvent lieu avec une ancienne chanson ou un morceau de musique qui peut immédiatement vous transporter dans une partie de votre passé, rappelant toutes les émotions et tous les sentiments qui lui correspondent.

Dans ce modèle, on peut reconnaître les caractéristiques des samskaras. Un ensemble d'impressions sensorielles s'imprime dans votre mental conscient ou inconscient. Il est stocké là sans que vous le sachiez, mais il est encore vif puisqu'il peut être retrouvé à n'importe quel moment. Quand la stimulation correcte est présente, telle que l'odeur ou le morceau de musique, l'empreinte est déclenchée et une réaction a lieu. Vous expérimentez à nouveau les émotions et les sensations reliées à cette partie de votre passé.

1.7 Quelle est la différence entre karma et samskara?

Le sens littéral du mot sanskrit karma est action. Karma se réfère à toutes les actions que vous avez entreprises dans votre passé, à la fois dans cette vie et dans les vies précédentes. Les mécanismes du karma sont tels que chaque action entreprise dans le passé est comme un influx nerveux que vous avez envoyé dans l'univers. Après un certain temps qui peut varier énormément (jusqu'à plusieurs vies!), l'influx nerveux revient comme un boomerang et génère des circonstances correspondantes dans votre vie. Les actions négatives tendent à créer des circonstances défavorables quand l'influx nerveux correspondant revient alors que les actions positives produisent des conditions favorables. Ceci est la description de la théorie du karma qui est simple et sur laquelle tout le monde est plus ou moins d'accord. Cependant, tout le monde n'est pas d'accord sur le processus selon lequel les circonstances du passé se reflètent dans le présent. Ceux qui ont tué par l'épée devront-ils périr par l'épée? Concernant cette question, des spécialistes ont fait état de points de vue tout à fait contradictoires.4

Les samskaras sont d'une nature complètement différente. Au lieu d'être des ondes externes envoyées vers vous par l'univers, ils sont des facteurs internes. Plus précisément, ils sont des impressions émotionnelles laissées à l'intérieur de votre mental inconscient et qui en retour tendent à influencer vos réponses émotionnelles présentes.

Une autre différence majeure tient au fait que quelques karmas insignifiants (actions) peuvent être associés à d'énormes samskaras (cicatrices émotionnelles), par exemple quand un petit garçon est pris de panique en rencontrant le chien des voisins pourtant très obéissant (un berger allemand) ou quand un bébé est terrifié par une tempête. Bien que dans ces exemples il n'y ait virtuellement pas d'action, en d'autres mots, un karma non significatif peut générer suffisamment de samskara pour que l'enfant montre des symptômes névrotiques pour le reste de sa vie. D'un autre côté, les crimes les plus haineux – représentant un gros et mauvais karma – peuvent être commis froidement et sans état d'âme, sans qu'aucun samskara profond ne soit imprimé.5

1.8 Les animaux ont-ils aussi des samskaras?

Puisque les animaux peuvent devenir névrotiques, nous pouvons supposer qu'ils ont aussi des samskaras. Les réflexes observés par Pavlov dans son travail avec les chiens présentent de claires analogies avec le conditionnement des samskaras.

Un autre mot important sanskrit concernant les samskaras est manas. Manas se réfère au niveau auquel nous pensons et expérimentons les émotions. Plus précisément, manas concerne les pensées et les émotions qui sont des réactions directement reliées aux samskaras. Le concept de mental réactif (manas) sera développé plus tard dans ce livre.

Manas est traduit en anglais par 'mind' ou esprit. Le mot anglais 'mind', est cependant utilisé par des gens différents avec des sens tout à fait différents. Dans le contexte du travail de Clairvision, le mot esprit est utilisé dans le sens de 'esprit réactif' qui est le même que celui du mot sanskrit manas, le niveau dans lequel les pensées réactionnelles et les émotions prennent placent. Il y a plusieurs raisons pour ce choix, comme cela deviendra apparent plus tard.

Ainsi défini, l'esprit correspond tout à fait précisément à ce que Rudolf Steiner appelle le corps astral.6 Dans le contexte présent, le lecteur peut assimiler tous les termes suivants:

esprit ==> esprit réactif ==> manas ==> esprit/manas ==> niveau des samskaras ==> corps astral

De temps à autre, cependant, les distinctions seront établies entre le corps astral qui est un véhicule de la conscience et l'esprit réactif qui est la conscience mentale prenant place dans ce véhicule.

Du point de vue de la tradition hindoue, les animaux ont un esprit/manas, tout comme, selon Rudolf Steiner, ils ont un corps astral. Les animaux peuvent associer des faits mentalement et tirer des conclusions, comme quand une souris trouve son chemin dans un labyrinthe. Les animaux expérimentent aussi des émotions telles que la colère et la jalousie. Comme le corps astral, dans lequel les samskaras sont imprimés, n'est pas un attribut spécifiquement humain, mais aussi concerne les animaux, les samskaras pourraient être décrits comme une part de nous-mêmes que nous avons en commun avec les animaux! Ceci peut paraître paradoxal car les humains ont tendance à chérir leurs émotions et à les regarder comme quelque chose de spécifiquement humain, quelque chose qui les dote des qualités humaines. En réalité, la plupart de ces émotions sont de la même nature que celles expérimentées par les animaux. Elles peuvent être plus compliquées et sophistiquées, mais leur essence n'est pas fondamentalement différente de celle des animaux.

Une des tâches essentielles du travail de régression est de démasquer certaines émotions qui ne sont pas le produit des samskaras et sont au-delà du règne animal. Pour distinguer celles-ci des émotions reliées aux samskaras, le mot 'feeling' sera utilisé. Feeling est un mot anglais qui a été francisé et qui est défini comme: sensation, sensibilité (dans le sens artistique par exemple.) Il est donc particulièrement approprié pour désigner des émotions qui vont au-delà des réactions animales.

Un résultat crucial du procédé de régression est de nous faire réaliser que, du matin au soir, nous tendons à réagir au monde avec un conditionnement stéréotypé, juste comme les chiens de Pavlov, au lieu de puiser dans notre potentiel humain d''être créatif'. En termes de notre modèle quaternaire de corps subtils, la différence essentielle entre un être humain et un animal est que l'être humain a atteint un Moi Supérieur. Quelle part de votre Moi Supérieur est impliquée dans vos réponses émotionnelles? Ceci est un point clef, qui conditionne la réponse à la question: lesquelles de nos émotions sont humaines et lesquelles sont animales?

1.9 L'histoire de King Janaka et du fils de rishi.

Concluons ce chapitre avec une histoire de la littérature sanskrite.

Il y a bien longtemps, il y avait un grand ṛṣi (sage prophète) de l'Inde ancienne qui envoya son fils de treize ans à la cour du roi Janaka et demanda au prestigieux souverain de parfaire l'éducation du jeune garçon. Aussitôt que le garçon arriva à la cour, Janaka plaça une jarre de lait sur sa tête. La jarre était pleine à ras bord et Janaka ordonna au garçon de marcher autour du palais trois fois, sans renverser une goutte de lait.

Le palais était rempli de statues rares et de pierres précieuses, de jongleurs, d'animaux étranges et de jolies danseuses - beaucoup de choses tentantes pour un jeune homme qui n'avait auparavant jamais quitté l'ashram de son père dans la jungle. Mais le fils de rishi était capable de voir sans réagir et il tourna trois fois autour du palais sans renverser une seule goutte de lait.

Le roi Janaka fut très heureux du garçon. Il lui dit: « Fils, retourne vers ton père et dis-lui qu'il n'y a rien de plus que je puisse t'enseigner.»

Cela ne signifiait certainement pas que la vie émotionnelle du garçon était refoulée. Mais une certaine forme d'émotion réactionnelle avait été éradiquée. Le garçon pouvait aimer, prendre plaisir et ressentir, mais ses sentiments venaient de l'intérieur de son âme et n'étaient pas de pures réactions à son environnement. Il pouvait marcher dans le monde et rester complètement concentré sur lui-même sans considérer ce qui l'entourait. Il avait éliminé tous ses samskaras et était libre, dans le sens le plus haut du terme. Même le brillant roi Janaka, légendaire pour sa sagesse, n'avait rien de plus à lui enseigner.


CHAPITRE 2

SAMSKARAS ET QUÊTE POUR LA LIBERTÉ

2.1. La tyrannie des samskaras

Si nous sommes en quête de liberté, il devrait être clair que les principaux obstacles rencontrés sont nos propres samskaras. Il y a des circonstances dans la vie qui sont limitatives et restrictives. Si le prix du carburant monte, nous ne pouvons pas conduire nos voitures aussi librement que nous en avions l'habitude. Si une administration nous demande de remplir des montagnes de documents, le travail devient alors très difficile. Mais même dans les pays les plus totalitaires vous ne trouverez jamais un dictateur aussi restrictif et aussi acharné que les samskaras. La plupart des gens se sentent concernés par le comportement des dictatures, mais qui se préoccupe réellement des samskaras? Ceci peut vous aider à comprendre ce que les Hindous et les Bouddhistes entendent par maya ou illusion. En sanskrit, maya signifie 'magique'. Les samskaras opèrent une dictature absolue et magique donc personne n'y fait attention. La dictature démarre avant la naissance et ne s'arrête pas avec la mort. Elle entrave votre liberté de vouloir du matin au soir, chaque jour passé sur cette planète. Et vous ne le voyez même pas – ce qui est réellement magique à ce sujet.7

Considérons de nouveau l'exemple de la femme qui fut agressée sexuellement quand elle avait trois ans et qui avait totalement perdu toute mémoire consciente de l'évènement. Pouvons-nous réellement dire qu'elle est libre dans ses relations avec les hommes ? Vue de l'extérieur, elle est totalement libre. Personne ne la force à choisir tel ou tel homme et si elle divorce quatre fois c'est son entière responsabilité. Maintenant, connaissant la terrible pression exercée par l'émotion latente, connaissant le samskara et son dynamisme, pouvons-nous maintenir une telle affirmation ? La femme ne sait même pas que ses choix sont influencés par le samskara. En fait, elle ne sait même pas que le samskara est implanté ; elle peut se croire libre alors que sa vie émotive est en train d'être manipulée par une force dont elle n'a même pas conscience. Ceci est le premier schéma commun par lequel un samskara, une impression émotionnelle faite dans le passé, peut vous rendre esclave sans que vous ne le suspectiez.

Cependant ce schéma a besoin d'être développé car lorsque l'on pratique la régression, il devient clair que les gens ne sont pas influencés uniquement par les samskaras de leur petite enfance. Quelques samskaras qui émergent ne peuvent être reliés à aucune circonstance de la vie présente. Il faut insister de nouveau avec force sur le fait que peu importe que vous croyiez ou non aux vies antérieures. En réalité, le moins vous y croyez, le mieux c'est. En effet les croyances génèrent des espérances et les espérances en retour tendent à déformer la pureté de l'expérience. Le point important est que quelques samskaras sont découverts et qu'il n'est pas possible de les relier à la vie présente. Cependant, ces samskaras sont un élément essentiel dans la compréhension des préférences et des aversions qui gouvernent vos choix présents et dans la façon dont vous gérez votre vie. Regardons quelques exemples qui illustrent les principaux mécanismes par lesquels les samskaras interfèrent.

2.2 Superposition

Étude de cas – Mary était une femme de vingt quatre ans, traversant une phase de dépression intense. Elle se maria lorsqu'elle avait dix huit ans, mais se montra incapable de rester fidèle à son mari. Elle eut son premier amant après dix huit mois de mariage et un autre cinq mois plus tard, ce qui brisa son mariage. Alors elle perdit la possibilité d'agir clairement. Elle commença à passer d'un homme à un autre, multipliant les expériences courtes et superficielles, ce qui la laissa de plus en plus anéantie. C'est ici le récit de l'expérience clef qu'elle eut au cours de l'une de ses régressions.

Quelle est la sensation maintenant? – Froid. Terriblement froid.

Froid à l'intérieur ou à l'extérieur? – Les deux.

A quoi ressemble ce qui est autour de vous? – C'est humide. C'est froid, froid, froid... fait de pierres. Je peux voir ce grand bâtiment fait de pierres et c'est... terrible, pire que tout. C'est si froid... Je ne voulais pas venir ici. Ou peut-être je l'ai voulu, mais maintenant je ne veux plus y rester.

Qu'est ce qui arrive dans ce bâtiment? – C'est un couvent. J'y suis enfermée à clef. Je veux m'en aller. C'est affreux, comme si le froid de l'extérieur me gelait le cœur. Personne ne fait attention à moi. Personne ne sourit. Quelques fois je pleure, mais je suis tout à fait seule. Quelques fois je ne peux même pas pleurer, je suis comme morte...

Ressentez-vous quelques fois le même froid dans votre vie actuelle? – Oh! Oui. Quand j'ai besoin de quelqu'un pour prendre soin de moi. Sincèrement je veux juste de la chaleur et rien d'autre.

Mais cette sensation, est-elle la vôtre ou celle d'une femme enfermée dans le couvent? – C'est la sienne. Cela vient d'elle. Mais alors cela vient vers moi... Cela devient la mienne.

La prochaine fois quand cela viendra vers vous, pourriez-vous reconnaître que c'est son feeling et non pas la vôtre? – Oui, c'est tout à fait clair.

Cet exemple est tout à fait typique d'un samskara venant d'un passé lointain qui interfère avec la vie quotidienne de quelqu'un. Mary n'a jamais séjourné dans un couvent durant sa vie présente. Cependant depuis son enfance elle a exprimé des sentiments très mélangés lorsque la vie contemplative était concernée. Elle était tantôt attirée et tantôt terrifiée par elle. Graduellement, son attirance vers la vie religieuse devint une plaisanterie pour tous ses amis qui connaissaient la vie de mœurs légères qu'elle menait.8

Il est important de se rendre compte des sensations de Mary quand elle était seule dans sa vie actuelle. La terrible solitude de la sœur enfermée se superposait à sa vie émotionnelle actuelle. Les sentiments de cette jeune femme ici et maintenant étaient un mélange du passé et du présent, impossible à démêler. Cette détresse superposée la laissa dévastée et prête à faire n'importe quoi pour que quelqu'un s'occupe d'elle. Ainsi vue de l'extérieur, Mary était 'libre' de courir d'un amant à un autre – ce qui montre comment on peut être dans l'erreur quand on juge quelqu'un selon les principes moraux. Aussitôt que le samskara fut reconnu au travers de la régression, la souffrance de cette femme ne fut plus jamais aussi intense qu'auparavant.

Étude de cas – Samantha, âgée de vingt-cinq ans. Le début de la session ISIS révéla un point douloureux dans la région de la cage thoracique. Samantha commença à se sentir désespérée et à respirer rapidement, comme à bout de souffle. Elle donnait l'impression de souffrir considérablement.

Que ressentez-vous actuellement? – La peur. On est en train de me blesser. On me donne des coups de pieds sur ma tête et dans mon dos. [Elle sanglotait et haletait, se recroquevillait sur le matelas comme si elle essayait d'échapper aux coups.]

Pouvez-vous bouger? – Je peux seulement essayer de me protéger.

Pourquoi font-ils cela? – Parce que je suis facile à intimider.

Est-ce que cette personne est plutôt jeune ou plutôt vieille? – Assez jeune. Un garçon.

Cela dura-t-il longtemps? – Un certain temps. Et alors ils me laissèrent dans la poussière et partirent en riant. Ils étaient jeunes... à peu près mon âge.

Et alors? – Haine. Frustration. Humiliation. [Sanglots encore] Avez-vous quelques fois la même émotion dans votre vie actuelle ? – Oui, le même feeling.

Est-ce quelqu'un qui vous est proche? – Non. C'était à l'extérieur du village.

A quoi ressemble le village? – Petit. Des chemins de terre. La plupart des maisons ont des toits plats.

Des arbres? – Non. C'est très sec et chaud. Il y a une ambiance arabe - musulmane au sujet de ce village. [La cliente était encore essoufflée].

Y a-t-il aussi de bonnes personnes dans le village? – Ma mère. Je n'ai aucun ami. Je peux voir mon père assis là-bas, buvant un café. Il ne me parle pas beaucoup. J'ai le sentiment d'avoir douze ou quatorze ans. Parfois je dois soutenir mon bras. Il paraît atrophié, il n'est pas aussi gros que l'autre.

Peut-il bouger? – Un petit peu. [Durant le reste de la session, la cliente massa son bras droit.]

Les jambes sont-elles en bon état? – Oui, mais je ne suis pas très forte. Je suis grande.

Qu'est-il arrivé à votre bras? – Il a toujours été comme cela, déjà quand j'étais petite. Je ne pouvais pas faire grande chose avec.

Qu'avez-vous fait après avoir été battue? – Je me suis juste relevée et j'ai marché. Je marche, je pars du village. J'ai marché pendant des heures. Je suis sans espoir, humiliée. [Pleurant.] Que puis je faire ? Je veux juste m'en aller.

Et alors où allez-vous? – Il n'y a pas d'endroit où je puisse aller, je dois retourner au village. Je sais que cela arrivera de nouveau, car c'est toujours comme ça. Je ne peux pas parler à mon père car il pense que je devrais me défendre. Je vais vers ma mère, mais il n'y a rien qu'elle puisse faire. Elle me réconforte autant que possible. Je pense tout le temps que j'aimerais être née plus forte. J'aimerais pouvoir me défendre moi-même... Comme je suis faible. Je ne m'aime pas.

Vous sentez-vous comme ceci dans votre vie [australienne actuellement]? – Oui, j'éprouve le même sentiment de ne pas pouvoir me défendre.

Aviez-vous des amis? – Non. Je ne suis pas comme les autres, j'ai honte et ils restent à l'écart. Et ils se moquent de moi. Ressentez-vous cela dans votre vie [actuelle] ? – Oui, je me tiens à l'écart du monde. Je ne me sens pas assez bien et je ne veux pas risquer que l'on se moque de moi.

Pouvez-vous sentir que cette émotion n'est pas réellement la vôtre, mais qu'elle est celle du garçon que vous étiez? – Oui. C'est sa vibration.

Et alors? – Je suis dans une rue. Il y a des ânes. Pas de voitures, mais des chariots tirés par des ânes. Chaque fois que je suis dans la rue il y a toujours des commentaires. Les gens font des commérages derrière mon dos. C'est vraiment une vie misérable. Je fais un peu de travail dans les champs, mais quoi que je fasse, je pense seulement à mes problèmes. Je me sens défaite. Je me réveille le matin, je marche, je travaille dans le pays, je reviens et c'est tout ce que j'ai. Je porte un turban. Je suis très grande.

[Plus tard dans la session, la cliente revivra la mort de l'homme handicapé qu'elle était alors.] – Je suis allongée. J'ai l'impression que je suis en train de mourir dans mon sommeil. Je m'élève. Quelque chose sort de ma tête. Je m'élève. Alors j'ai le sentiment de rencontrer ma mère, comme si elle m'attendait. Il y a un sentiment de soulagement. Et après quelque temps, je suis dans le noir. Tout disparaît dans le noir.

Ceci est un exemple parfait de la manière dont un samskara est transporté d'une vie à une autre. On peut comprendre pourquoi le jeune arabe invalide se sentait aliéné et manquait d'assurance. Évidemment, quelqu'un peut être invalide et extrêmement heureux. Mais le désespoir du garçon arabe avait un fondement tangible. Il aurait pu ne pas exister, mais il était compréhensible.

Pourtant, Samantha ne souffre pas de quelque maladie ou infirmité. Quand elle s'éloigne des relations d'amitié possibles, quand elle se sent entravée et rejetée dans la vie, à cause de ces mêmes émotions, cela devient absurde et difficile à imaginer. Le bras invalide a depuis longtemps disparu, en dépit de cela, l'émotion qui va avec persiste. Le schéma émotionnel de l'invalide a été surimposé aux émotions de Samantha depuis son enfance, sans qu'elle le réalise.

Absurde? Certainement! Mais c'est exactement la façon dont nous fonctionnons, constamment. Les modalités et l'intensité peuvent varier, mais c'est toujours le même plan. Un schéma inapproprié s'imprime profondément à l'intérieur et persiste longtemps après la disparition de la cause génératrice. «Je ne suis plus enfermée dans un couvent, mais je continue à me conduire comme si je voulais être réconfortée à n'importe quel prix» ou «je n'ai plus de bras infirme et je ne vis pas dans une société qui me rejetterait si j'en avais un. Mais je me sens encore écartée et délaissée.» Ces émotions sont de pures réflexions du passé. Elles sont illusoires et irréelles dans le sens où elles ne reposent sur rien de tangible, mais, en même temps, la souffrance et le désordre qu'elles créent dans nos esprits et dans nos vies sont extrêmement réels.

2.3 Répétitions sans fin

Étude de cas – Femme âgée de trente ans.

Que ressentez-vous? – Je peux voir la maison. Elle est faite de matériaux légers. Les couleurs sont réellement différentes. Je ne jamais vu des couleurs comme celles-ci avant.9 Il y a beaucoup plus de teintes jaunes et oranges. Une belle femme avec de longs cheveux noirs. Elle paraît japonaise. Elle est debout à la porte et regarde dehors.

Que fait-elle? – Son mari est parti, il l'a laissée. Et sa vie s'arrête là. Elle sait qu'elle ne le reverra plus. C'est fini. Ce n'est même pas de la douleur, c'est pire que cela. Elle est anéantie. Ses fonctions vitales se sont arrêtées.

Dans cette régression un samskara majeur (être abandonnée) est dévoilé. Dans sa vie présente, quand cette femme a été abandonnée par un homme, sa souffrance fut insupportable car la détresse de la femme japonaise se superposait à ses 'propres' réactions. Sa peine se manifesta sur deux niveaux, mais elle ne pouvait pas le voir jusqu'à ce qu'elle passe au travers du processus de la régression. Tout ce que l'on ne peut pas voir est dix fois plus douloureux, car il n'y a aucun moyen de le comprendre. Être abandonnée était pour elle comme tomber dans un trou sans fond, s'enfoncer dans la souffrance au-delà de toute possibilité de rationalisation.

Un détail crucial est que la cliente, dans cette vie présente, avait choisi un mari qui voyageait beaucoup. Chaque fois que l'homme devait partir, le couple faisait en sorte d'avoir une terrible dispute, ainsi chaque départ avait un goût de séparation finale et la femme pouvait revivre l'agonie d'être abandonnée. Au lieu de se dire à elle-même: «Nous avons eu une belle dispute parce que je hais de le voir partir, mais peu importe, il sera de retour dans deux mois», elle était désespérée, comme la femme japonaise. Et le même drame était rejoué deux fois par an.

Cette tendance à toujours répéter la même expérience douloureuse est le produit direct du dynamisme des samskaras. La blessure émotionnelle du samskara est trop douloureuse, elle ne peut rester neutre. Elle supplie pour être guérie. La charge émotionnelle associée avec le samskara est si intense qu'aussi longtemps que vous ne composez pas avec lui, il tend à générer des circonstances qui lui permettent de s'exprimer lui-même. Dans beaucoup de cas, cela se fera en rejouant des circonstances similaires, de vie à vie.

Après avoir vu comment les samskaras tendent à surimposer des réactions émotionnelles à votre conscience présente, nous introduisons maintenant un second mécanisme majeur. Les samskaras tendent à vous faire créer des circonstances de vie au travers desquelles ils peuvent se manifester. Ils n'augmentent pas seulement votre douleur et les émotions présentes par superposition, ils vous manipulent pour créer des difficultés dans lesquelles les émotions peuvent être rejouées. Ils agissent comme des tendances latentes, influençant lourdement votre destinée.

2.4 Māyā, illusion

Jusqu'à maintenant nous avons seulement considéré les gros animaux dans la jungle des samskaras – ces traumatismes émotionnels majeurs créés par des circonstances dramatiques. Si nous voulons obtenir une vue claire de la manière dont l'esprit fonctionne, nous devons prendre en compte beaucoup d'autres petites traces laissées par des expériences qui ne furent pas aussi intenses. Pourtant ces traces ont persisté et continuent à déranger votre perception présente du monde.

Prenons un exemple. Vous rentrez dans la cuisine d'un ami et il y a une odeur particulière dans l'air. Immédiatement cette odeur vous rappelle celle d'une cuisine où vous avez passé une partie de votre enfance. Dans cette cuisine il y avait un chat dormant sous la table et il y avait une vieille femme qui travaillait. Toutes sortes de souvenirs vous reviennent à l'esprit. Si vous vous sentiez bien dans cette cuisine, la bonne sensation revient à vous pendant que vous êtes dans la cuisine de votre ami. Alors, peut être allez-vous vous sentir confortable et dire à votre ami: «J'aime ta cuisine!»

Maintenant supposons que vous vous sentiez extrêmement inconfortable avec la vieille femme car elle avait l'habitude de vous forcer à manger des artichauts que vous haïssiez. Et ce jour en particulier, il arrive que votre ami est en train de faire cuire des artichauts. Le malaise sera remémoré – l'anxiété dans votre poitrine, la tension dans votre abdomen. Vous ne vous sentez pas réellement anxieux et tendu, mais les souvenirs sont clairs et forts. De plus, vous êtes complètement décroché de la cuisine de votre ami tandis que les souvenirs prennent place. Si l'ami vous parle durant ce temps, vous pourriez bien être obligé de lui demander de répéter ce qu'il vient juste de dire. Vous avez été kidnappé par cet épisode passé.

Cet exemple suppose que vous pouvez vous rappeler consciemment l'épisode durant lequel le samskara a été imprimé. Supposons maintenant que vous ayez absolument tout oublié au sujet de la cuisine de la vieille femme. Quelque chose de différent peut vraisemblablement arriver. Vous rentrez chez votre ami, l'atmosphère générale et l'odeur déclenchent une connexion inconsciente avec l'épisode oublié et un certain malaise apparaît. Il y a un certain degré d'anxiété dans votre poitrine et de tension dans votre abdomen et vous ne savez pas pourquoi. Vous ne vous rappelez pas les détails précis de la cuisine de la vieille femme, il y a juste le malaise. La charge émotionnelle du passé s'est superposée elle-même sur votre conscience présente au travers du lien de l'odeur – mais vous ne percevez pas ceci. vous êtes seulement au courant de deux choses: la cuisine et votre inconfort. Aussi vous pouvez bien penser, «Je n'aime pas les vibrations dans cette maison!», ou «Je ne me sens pas à l'aise avec ces gens.» Naturellement, la cuisine est exactement la même, c'est seulement votre perception qui a changé. Alors votre jugement est complètement hors sujet et absurde. Pourtant tout cela vient à votre esprit très 'naturellement' et 'logiquement'.

Pendant que vous êtes pris dans ce mode de réaction, vous pouvez penser que ce que vous êtes en train de voir est la cuisine de votre ami. Mais vous vous dupez complètement vous-même. vous êtes en train de voir votre cuisine, pleine de projections inconscientes des fantômes – artichauts - et ce que votre ami voit de sa cuisine est complètement différent. Votre cuisine n'a rien à voir avec la cuisine réelle, ce n'est rien de plus qu'une construction de votre esprit. A ce moment vous êtes déconnecté; vous vivez dans un monde imaginaire comme dans une cage; vous n'ítes certainement pas dans le 'ici et maintenant'. Votre jugement est faussé par un facteur invisible et toute décision majeure que vous puissiez avoir à prendre dans cette cuisine sera probablement déformée et vous induirait en erreur.

La prochaine étape est de voir que de telles superpositions prennent place constamment, non seulement au cours de la journée, mais aussi pendant nos rêves! Un exemple simple de superposition que beaucoup de gens ont expérimenté consciemment est celle des chansons ou des morceaux de musique qu'ils avaient l'habitude d'écouter pendant une certaine période de leur vie. Si le même air est entendu quelques années plus tard, alors le 'parfum', l'atmosphère et les sensations de cette période particulière reviennent immédiatement dans leur conscience.

Que vous en soyez conscient ou non, la situation est telle que des souvenirs similaires innombrables sont constamment en train de brouiller votre perception présente du monde. Assez souvent, plusieurs samskaras sont déclenchés simultanément, chacun superposant son propre ensemble d'émotions et d'impressions, ce qui augmente la confusion. Imaginez votre ami dans cette cuisine chantant la chanson que vous aviez l'habitude d'entendre, il y a dix ans auparavant, quand vous aviez le cœur brisé, où peut être quand vous receviez les meilleures nouvelles de votre vie... quelle confusion! Beaucoup de samskaras mineurs ne sont pas associés à une émotion claire, mais simplement à un vague sentiment de malaise ou d'allégresse. Quand ils sont activés, ils superposent simplement une petite attraction ou répulsion, un flou indistinct sur le sommet de votre perception présente.

Si nous additionnons les influences de tous les samskaras les plus grands, ceux de taille moyenne et les très petits, nous pouvons obtenir une image de ce qu'est maya (l'illusion). Il n'y a absolument pas besoin de nier la réalité physique du monde pour arriver à la conclusion que nous vivons dans un complet maya, une illusion complète. Que l'univers soit réel ou non n'est pas le problème à ce niveau, parce que nous ne vivons pas dans l'univers – nous vivons dans notre monde de samskaras. Nous ne voyons jamais la cuisine de notre ami ou la cuisine de qui que soit d'autre; nous attrapons seulement un mélange étrange et trouble de la pièce elle-même et de nos propres projections. Nous ne voyons jamais l'arbre suivant, car nous voyons l'arbre dans lequel nous avons buté quelques années avant et une certaine tension inconsciente refait surface chaque fois que nous nous en approchons. Nous ne voyons jamais nos amis comme ils sont réellement car la façon dont ils parlent, la façon dont ils s'habillent, la façon dont ils se présentent presse sur nos boutons et nous fait projeter des impressions et des images sur eux. Ces impressions ont plus à faire avec notre réserve de samskaras qu'avec ce que sont réellement nos amis. Entre nos mémoires conscientes et nos superpositions inconscientes, nous ne voyons pas le monde, nous le rêvons.

Les maîtres hindous aiment souvent insister sur l'importance du caractère dramatique de cette situation. Nous passons notre temps à nous désoler des drames de notre vie, mais tous ces drames ne sont que des détails sans importance comparés à la tragédie d'être en permanence isolé dans un nuage d'illusions généré par les samskaras – une cage. Nous ne voyons jamais le monde, nous ne pouvons voir que notre monde, qui est plein des fantômes de notre passé. Nous sommes déconnectés, vivant dans un nuage et nous ne le suspectons même pas. Dès le début, il devrait être très clair que le but d'un travail sincère de régression est de dissoudre graduellement ce nuage d'illusions et non pas de découvrir avec satisfaction les histoires de notre passé.

2.5 Ce que vous aimez et ce que vous n'aimez pas

Quand vous êtes en quête de votre Moi, il est toujours intéressant de réfléchir à ce qui en vous-même semble central et essentiel – le noyau de votre 'Moi'. A ce point particulier, il est bon de regarder l'origine de vos attirances et de vos aversions. C'est un fait que beaucoup de gens tendent à considérer leurs goûts et ce qui les attire comme la partie la plus importante de leur personnalité. Certaines personnes ont une affinité spéciale avec une certaine couleur par exemple et choisissent en fonction de celle-ci tous leurs vêtements. S'ils rentrent dans un endroit avec cette même couleur sur les murs, ils ressentent immédiatement, c'est ma couleur, c'est un endroit pour moi. Quand il y a une relation avec les couleurs, nourriture ou n'importe quoi d'autre, souvent les gens ont tendance à regarder ce qu'ils aiment et ce qu'ils n'aiment pas quand ils cherchent à se définir eux-mêmes, pour appréhender ce qui est leur 'moi', par opposition à leur 'non-moi'.

Étude de cas – Homme de vingt cinq ans.

Que ressentez vous maintenant? – Douleur, douleur, douleur... Toujours de la douleur. Cela ne finit jamais.

Comment ressentez-vous votre corps, grand ou petit? – Grand. C'est un homme grand. Il a des épaules énormes. [Riant:] Je me sens comme une crevette comparée a lui. [La douleur devient alors plus forte et le jeune homme est sur le point de hurler] Ceci ne finira jamais, ceci ne finira jamais!

Est-ce à l'extérieur ou à l'intérieur? – A l'intérieur. Il fait noir. C'est sous terre. C'est une petite pièce et il fait froid. Douleur, douleur, douleur... ils me torturent et cela ne finit jamais.

Quelles sortes d'émotion accompagnent cela? – Haine. Si seulement je pouvais bouger de cette table, je les tuerais tous les trois, absolument rien ne pourrait m'arrêter. Mais je suis étroitement enchaîné et cela continue. L'un d'eux récite des vers en latin. [Criant:] Ils sont en train de me couper la poitrine!

Cette haine, ne l'avez-vous jamais ressentie dans votre vie actuelle? – Si, c'est étonnant, j'ai toujours haï le latin! Quand j'étais à l'école j'avais cette haine passionnée pour le latin, sans aucune raison réelle. J'avais un tel dédain pour la prof de latin que j'essayais toujours d'être déplaisant envers elle... Ce n'est pas le latin, ce sont eux! Je pourrais les tuer et l'autre hypocrite qui récite ses vers latins tandis qu'ils me torturent. Mon Dieu! Mon Dieu! C'est comme si je me tournais vers Dieu avec toutes les forces qui me restent. Mon Dieu! Ne finiront-ils jamais?

[La qualité de vibration change dans la pièce, comme si un ange était apparu; le client parle difficilement.] – Il y a une lumière blanche qui descend. C'est massif. Je suis parti. Je ne suis plus dans mon corps. Je peux voir d'en haut ce qu'ils essaient de faire de mon corps. Cela n'a plus d'importance. Maintenant il y a seulement la lumière.

Un processus de régression vous invite à réexaminer beaucoup de vos attirances et vos aversions et à découvrir si elles correspondent aux réelles aspirations de votre Moi Supérieur ou si elles ne sont rien d'autre que le résultat mécanique des empreintes des samskaras. A ce point, la régression peut être regardée comme un chemin de déconditionnement.

Cependant, il faut noter que ce chemin a peu de choses à voir avec le renoncement à vos désirs. Quand les gens essaient de renoncer à leurs désirs, dans la grande majorité des cas ils finissent par les refouler. En réalité, il y a quelque chose de faux à essayer de se conditionner soi même à ne pas avoir de désir. Supposons que ce désir vienne du conditionnement d'un samskara; il n'est pas bon d'essayer d'ajouter un autre conditionnement par-dessus le premier. Le but d'ISIS est de déconditionner. La seule chose que ISIS vous demande de faire est d'analyser systématiquement la source de vos réactions, y compris vos attirances et vos aversions. Il peut apparaître qu'un nombre d'attirances et d'aversions sont manifestement le résultat de l'influence des samskaras et dans ce cas, elles vont probablement disparaître toutes seules, dès que le samskara aura été révélé. Cela arrive naturellement et il n'y a rien de douloureux associé avec lui. C'est comme si l'on avait à se débarrasser d'un fardeau artificiel. Le résultat final de ce processus n'est pas une condition imprévisible de libération de tout désir, mais un état de maturité dans lequel une spontanéité sincère a été dévoilée et un vrai but a été trouvé, au-delà de tout conditionnement.

Étude de cas – Femme de quarante trois ans.

Que percevez-vous maintenant? – Ils vont le tuer. Ils l'ont emmené au loin. Cela me fend le cœur. Je n'ai jamais eu le temps de dire à cet homme combien je l'aimais. Et maintenant il est trop tard. Il sera exécuté demain et personne ne peut rien faire à ce sujet. Je ne le verrai jamais plus... [Vague de désespoir].

Y-a-t-il quelque correspondance entre cet épisode et un évènement dans votre vie actuelle? – Un jour, je suis tombée follement amoureuse d'un homme qui avait exactement les mêmes yeux. C'était une situation impossible. Il était marié et j'étais mariée. Pendant des mois je ne pouvais le sortir de mes pensées. C'était le même désespoir. Cela m'a pris un an pour récupérer.

Il est essentiel de comprendre que, quand une telle connexion de 'coup de foudre' prend place entre deux personnes, cela n'implique pas nécessairement qu'ils se sont déjà rencontrés dans une vie précédente. Ce point ne sera jamais assez souligné, car il évitera à quelques âmes romantiques de faire des erreurs énormes et de les justifier au travers de la pratique de la régression.

Vous rappelez-vous le fantastique ordinateur dans le Guide des Hitch-Hickers pour la Galaxie? Vous entrez dans l'ordinateur la décision que vous avez prise et immédiatement sort une liste de brillantes raisons pour vous expliquer pourquoi votre décision est la seule qui ait du sens. Intéressant! Quelques personnes essaient de faire exactement de même avec la régression. Ils se sont déjà fait à l'idée qu'ils veulent démarrer une nouvelle relation ou quitter leur partenaire et ils essaient la régression pour trouver une raison dans leur vie antérieure pour se conforter dans leur décision. Ils veulent croire que la destinée est en jeu au lieu d'admettre leur choix. Ils veulent que la régression montre que leur nouveau partenaire est une âme sœur avec laquelle ils ont déjà été associés dans des vies antérieures. Mais à moins que le connecteur soit prêt à les endormir comme l'ordinateur galactique des hitch-hickers, ce qu'ils trouvent est habituellement d'une nature tout à fait différente.

Les liens contractés dans les vies antérieures existent, mais ne se manifestent pas nécessairement sous la forme d'attractions magnétiques. En réalité, dans la plupart des cas quand une telle attraction a lieu, cela n'a rien à voir avec un lien dans une vie antérieure. Si nous prenons la dernière régression, que trouvons-nous? La cliente a rencontré un homme qui avait des yeux semblables à ceux de quelqu'un qu'elle avait aimé passionnément dans une vie précédente. Ceci parmi quelques autres similarités a déclenché un énorme samskara qui a réactivé la peine qu'elle avait ressentie en perdant l'autre homme dans une vie antérieure. C'est ici que nous devons être très prudents. L'intensité de l'émotion indique seulement qu'un gros samskara est déclenché et n'est en aucun cas un signe d'une relation dans une vie antérieure. Habituellement, plus l'émotion est forte dans votre psyché, plus sa source est un samskara.

Il peut être douloureux de réaliser que la même attraction passionnée peut arriver avec n'importe quelle autre personne qui, pour une raison ou une autre, arrive à déclencher le même samskara. De plus, cette compréhension peut vous épargner beaucoup de temps et de recherches, car les relations basées sur les samskaras sont loin d'être les plus épanouissantes ou les plus durables. Les niveaux des samskaras sont comparables à un kaléidoscope. Ses polarités, attractions et répulsions se déplacent perpétuellement et changent sous l'influence d'une myriade de micro facteurs irrationnels.

Soyons clair, je ne suggère pas que c'est seulement à cause des samskaras que les gens tombent amoureux – de même que la régression n'implique pas que toutes les ondes affectives dans un être humain sont dues aux samskaras. La régression nous enseigne que quand un samskara est activé, nous sommes manipulés. Nous pouvons croire que nous prenons des décisions avec notre libre arbitre, mais en réalité c'est le samskara qui nous projette dans une direction ou dans une autre. Ce n'est rien d'autre qu'une réaction préenregistrée – un conditionnement qui est déclenché et cela nous ordonne d'aller dans une certaine direction (à moins que nous nous rendions compte de ce qui arrive). Alors tôt ou tard, le kaléidoscope tourne un peu et l'attraction tombe à plat. Nous finissons par ne pas comprendre ce que nous faisons avec tel partenaire ou dans tel travail ou dans n'importe quelle situation où nous nous sommes mis nous-mêmes suite à l'enchantement magique du samskara.


CHAPITRE 3

ÉMOTIONS CONTRE SENTIMENTS

3.1 L'amour du chat et l'amour du Christ

Le mot 'amour' peut être employé dans des contextes très différents. Par exemple, lorsque le chat vient faire preuve d'affection à l'heure de son repas, vous pouvez facilement décréter que ce chat vous aime. Si vous êtes suffisamment sensible pour comprendre le langage des chats, vous pouvez même l'entendre murmurer: «Je t'aime, que tu es gentil, tu es vraiment chouette pour un humain!» À l'évidence, ce chat vous aime.

Le même mot, amour, est également utilisé pour décrire ce qui émane du Christ ou des maîtres ou des guides ayant atteint la réalisation quand ils donnent tout d'eux-mêmes à un disciple. Certains de ces maîtres ont un incroyable potentiel d'amour. L'amour irradie de leurs personnes comme une force à vous couper le souffle; vous pouvez la ressentir physiquement. Quand vous êtes tout près d'eux, c'est comme si vous baigniez dans un océan de douceur, Tous les soucis, toutes les frustrations, toute la violence en vous sont apaisés. À l'évidence, le guide vous aime.

Cependant, l'amour du Christ et l'amour du chat sont d'une nature bien différente. Par exemple, mettez le chat dehors au lieu de lui donner son dîner. Immédiatement, le chat ne vous aimera plus. Si vous pouviez parler chat, vous entendriez quelque chose du genre: «Je te déteste! Tôt ou tard, je te tuerai!» Maintenant, si vous jetez le Christ hors de votre maison, cela ne changera en rien Son amour. L'amour du Christ ne dépend pas de votre comportement. Il est inconditionnel. Il se situe à un niveau complètement différent de celui des démonstrations du chat conditionnées par vos actes. Et pourtant, nous utilisons le même mot pour le chat et pour le Christ.

Il en est de même du mot 'émotion'. Il est employé pour qualifier des tendances ou des forces psychologiques d'essence radicalement différente. Cela n'est propre ni au français ni à l'anglais, mais à tous les langages modernes en général. La mauvaise humeur d'un conducteur bloqué dans un embouteillage, le désir ou la jalousie d'un amoureux, la peur de la mort, l'anxiété qui précède un examen, la compassion d'un Bouddha ayant atteint la réalisation, la colère d'un marmot, les sensations esthétiques qui surviennent quand on admire la beauté d'un paysage, la vague d'amour qui envahit un saint en communion avec la divinité – tout cela est étiqueté avec le même mot, émotion, sans tenir compte du fait que ces phénomènes se situent à des niveaux de nous-mêmes fondamentalement différents. Ceci montre bien qu'une indescriptible confusion s'est installée dans notre univers en ce qui concerne les émotions.

3.2 Émotions et samskaras

Un grand secret de la sagesse peut s'exprimer comme suit: pour connaître quelque chose, trouvez sa source. Cela peut s'appliquer à un très large éventail de mystères spirituels y compris à notre sujet actuel. Si l'on veut apprendre à faire le tri entre les différentes sortes d'émotions, il est indispensable de trouver leurs sources. Des émotions différentes viennent de différentes parties de nous-mêmes, ce qui doit nous fournir des indices pour savoir ce que nous devons en faire.

Une des caractéristiques principales des samskaras est qu'ils ont tendance à générer des émotions. L'empreinte d'un samskara est laissée par une expérience. Quand une expérience qui s'y rattache se produit, une émotion est déclenchée. Par exemple, vous avez eu un mauvais accident de voiture quelque part en ville. À la suite de cela, chaque fois que vous passez au même endroit dans votre voiture, une émotion se produit. Les circonstances dramatiques de l'accident vous reviennent et suscitent une réaction. Vous ressentez de la peur, de l'anxiété ou vous vous sentez mal à l'aise. On peut distinguer trois éléments dans cette réponse émotionnelle:

Il est possible de résumer la séquence comme suit):

stimulus ==> samskara ==> émotion en réaction

Le stimulus déclenche le samskara et une réaction émotionnelle se produit. Finalement, il n'y a pas de doute quant à la nature de cette émotion; elle vient du conditionnement. L'émotion est une sorte de routine stéréotypée de l'esprit; elle est hautement prévisible. Chaque fois que vous passez à cet endroit, l'esprit réactif vous joue son message préenregistré. Il ne vous sera pas difficile de transposer l'analyse de ce mécanisme à votre propre vie et de trouver toute une catégorie d'émotions similaires qui ont toutes leur origine dans certains évènements qui vous ont traumatisé.

Ce type d'émotions ne favorisera nullement une clarté intérieure. Cela ressemble plus à une réaction chimique qui a lieu de façon intempestive chaque fois que le samskara est déclenché. Il y a là quelque chose de maladif. C'est comme une blessure qui demande à être soignée. Bien plus, il est évident que cela ne procède pas non plus de la spontanéité de votre âme; c'est un conditionnement à l'état pur. Ce n'est rien de plus qu'un message préenregistré qui se répète chaque fois que vous rencontrez le stimulus correspondant.

Le vrai problème est que vous êtes le plus souvent inconscient de ces mécanismes qui sont à l'oeuvre à l'intérieur de vous-même. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, vous les manquez complètement. Souvenez-vous des exemples de samskaras présentés dans les chapitres précédents. Ce n'est qu'en passant par le processus d'exploration des régressions que le client pouvait déterminer quelles émotions provenaient des samskaras. Si vous avez perdu toute mémoire des samskaras, il est hautement probable que la connexion vous échappera. Une émotion viendra s'imposer inopinément dans votre champ de conscience, entraînée par un stimulus et la même séquence se produira:

stimulus ==> samskara ==> émotion

Cependant, si le samskara a été enterré dans les profondeurs de votre inconscient, que percevrez-vous? Le stimulus, l'émotion et rien d'autre. Dans la mesure ou votre perception est concernée, la séquence aura été écourtée comme suit:

stimulus ==> émotion

Par exemple, quelqu'un vous dit quelques mots et une réponse s'impose immédiatement, en parole ou en pensée: «J'adore cette personne» ou «cette personne est stupide» en fonction du contexte du stimulus. Autre exemple, vous conduisez tranquillement. Le conducteur derrière vous klaxonne et vous vous entendez lui répondre par une insulte. Mais, l'élément du milieu – le lien essentiel – vous échappe. Vous êtes complètement inconscient du samskara qui vous fait réagir à ce stimulus. Vous avez été dupé. Vous pouvez penser: «Je n'ai fait que répondre.» Mais, réellement, votre Moi n'est pour rien dans cette réponse. Ce n'est rien qu'un autre message préenregistré qui vient d'être joué automatiquement lorsque l'on a appuyé sur le bouton correspondant.

Étendez ce modèle aux milliers de samskaras cachés au plus profond de votre mental: ceux que vous connaissez et ceux dont vous ne suspectez même pas l'existence, mais qui sont encore actifs. Il devient évident que tous les aspects de votre vie, du plus infime au plus important, peuvent être rattachés à cette séquence: stimulus ==> samskara ==> émotion. Ce modèle est trop mécanique, ressemble trop à un jeu de marionnettes pour satisfaire les aspirations de L'Esprit. Et pourtant il est amer de constater que la plupart de vos émotions sont des réactions à des stimulus qui déclenchent un samskara d'une quelconque nature.

De temps à autre, une lueur pénètre dans le coeur et vous expérimentez une manière différente d'être. Une émotion apparaît qui n'est pas l'expression criarde d'une demande pressante et qui ne vient pas de la stimulation mécanique d'un samskara.

Dans une recherche véritable de la liberté, une partie du travail doit être consacrée au déconditionnement. Redécouvrir la spontanéité implique que vous puissiez séparer l'Être de ses faux-semblants, les émotions véritables de celles qui sont conditionnées et les expressions sincères du Moi des réactions des samskaras.

3.3 Émotions contre sentiments

À ce stade, nous devons introduire deux termes différents pour 'émotions': un pour celles en rapport avec l'affection montrée par le chat et un autre correspondant à l'amour inconditionnel du Christ. J'utiliserai le mot 'émotions' pour celles qui sont conditionnées et pour celles qui sont inconditionnelles, j'utiliserai le mot 'sentiment'.

D'autres mots auraient pu être choisis. Cependant, l'étymologie du mot émotion convient très bien avec l'utilisation qui est suggérée ici. Motion vient du latin motio qui signifie mouvement. Le préfixe 'e' est une contraction de 'ex' qui indique un mouvement orienté vers l'extérieur, comme dans exit ou excréter. E-motion veut dire mouvement vers l'extérieur et l'émotion vous entraîne précisément hors de vous-même. Elle vient de la couche des samskaras et non pas de votre Moi. Elle vous fait répondre d'une manière qui n'implique pas votre Moi, mais qui n'est qu'une simple réaction mécanique dans la couche des samskaras (corps astral). Les é-motions vous font vous égarer loin de votre nature véritable.

Le mot 'sentiment' présente l'avantage d'être utilisé à la fois par Rudolf Steiner et les maîtres hindous du Vedanta avec la même signification de 'connaissance par identification' ainsi que cela sera développé dans la suite de cet ouvrage. Nous utiliserons le mot sentiment. De cette manière notre vocabulaire est en accord avec autant de sources que possible.

3.4 Émotions et réactions

Un critère essentiel pour discerner une émotion d'un sentiment est que l'émotion est une réaction alors que le sentiment n'en est pas une. De ce point de vue, les termes 'émotion' et émotion réactionnelle' sont par conséquent synonymes.

Le terme 'réaction' est particulièrement approprié car il a des connotations dans le domaine de la physique et de la chimie, c'est à dire dans le fonctionnement mécanique de l'univers. Pensez à une réaction chimique. Par exemple, mettez un bloc de sodium dans de l'eau et il s'ensuit une explosion. Ou mélangez de l'acide chlorhydrique et de l'ammoniac liquide et vous produirez un spectaculaire nuage de fumée blanche. Un mélange de causes physiques produit toujours les mêmes effets.

Même si les émotions peuvent apparaître plus complexes à cause de la fluidité du domaine psychologique, elles peuvent être reliées à un même modèle. Un stimulus vient du monde extérieur; il déclenche un samskara et une réponse émotionnelle s'ensuit automatiquement. Par exemple du temps de la Guerre Froide, certains se mettaient en colère chaque fois qu'ils entendaient le mot 'communiste'. Cela marchait comme un charme chaque fois que le mot était prononcé en leur présence. D'autres personnes se mettaient en colère chaque fois qu'elles entendaient 'anticommunisme' avec exactement la même constance. Même si elles ne montraient pas ouvertement leur émotion, vous pouviez voir que quelque chose réagissait à l'intérieur d'elles-mêmes. Elles se considéraient comme très différentes des personnes du premier groupe, mais du point de vue du samskara, y avait-il réellement une grande différence?

Les émotions ne sont pas seulement mécaniques, mais aussi 'psychologiques' et même 'chimiques'. Cela peut être illustré par une expérience simple mais saisissante – empruntez un stéthoscope et écoutez vos intestins. Placez l'extrémité plate du stéthoscope sur la peau, quelque part dans la région du nombril ou dans la zone iliaque droite. Écoutez le son naturel qui provient des mouvements incessants de votre appareil digestif. Pensez ensuite à quelqu'un de déplaisant, quelqu'un que vous détestez ou quelque chose qui vous effraye ou qui vous rend inconfortable. Immédiatement, le bruit que fait votre intestin change! Quand vos oreilles sont accoutumées à écouter à l'aide du stéthoscope, vous réalisez que le changement est loin d'être négligeable. Le son devient soudain bien plus rauque et discontinu, tout sauf harmonieux. À l'évidence, cette petite pensée déplaisante est suffisante pour modifier complètement le fonctionnement de vos boyaux, les mouvements de leurs fibres musculaires et par conséquent, l'alchimie de votre digestion. Écoutez par vous-même! Comment une digestion convenable peut-elle s'accomplir avec un tel son? Vous arriverez rapidement à la conclusion que l'expression 'empoisonné par vos émotions' doit être prise à la lettre.

3.5 Les émotions peuvent toujours se convertir en leur opposé

Un inconvénient majeur des émotions est que leur magie est éphémère et changeante. Si vous avez été attiré par une certaine personne ou par certaines occupations professionnelles par l'influence d'un samskara, il est à peu près certain que tôt ou tard, vous perdrez vos illusions et votre intérêt et que vous serez attiré ailleurs. Un autre stimulus déclenchera un autre samskara et toutes vos belles résolutions antérieures tomberont à plat. Les samskaras opèrent dans votre mental comme un kaléidoscope. Juste un petit mouvement et le spectacle change du tout au tout. Le monde était vert et soudain il vous apparaît rose. En réalité, le monde n'a pas changé du tout, mais il a suffi d'une fraction de seconde pour que vous le voyiez complètement différemment en le contemplant à travers les lunettes kaléidoscopiques des samskaras.

Un bon moyen de savoir si votre amour dépend des émotions ou des sentiments est de vous demander ce qui arriverait si vous étiez rejeté ou trahi. Un amour qui vient d'une émotion peut aisément se tourner en son contraire, «Vous verrez votre ami sous la forme d'un cochon couvert d'ordures, un char empli de démons.» 10 Si votre amour est dicté par les sentiments alors il ne sera jamais stoppé par une réponse négative de la part de l'être aimé. Le critère est amer, mais s'il est appliqué avec sincérité, il peut vous éviter bien des désillusions et bien des tribulations.

3.6 Les mille et un masques des émotions

Colère, rage, frustration, irritation, désespoir, tristesse, dépression font partie de la liste des émotions. Personne ne protestera contre un système qui vous permet de vous en débarrasser. Ultérieurement, il est possible que vous découvriez que vous étiez, finalement, bien plus attaché à ces émotions que vous ne le croyiez au début et qu'en fait, vous les chérissiez comme un trésor précieux. Cependant, quels que soient vos errements, l'intellect n'est pas choqué par l'idée de vous débarrasser de l'angoisse et de la dépression.

Pourtant, si vous vous mettez à observer vos réactions d'une manière systématique, il deviendra évident que le modèle 'stimulus --> samskara --> émotion' ne s'applique pas seulement à la colère et à la dépression, mais également à nombre d'émotions soi-disant positives. Dans de nombreux cas, lorsque vous évoquez l'amour, la charité, la compassion ou toutes les formes de comportements moraux, c'est bien la même séquence qui est impliquée.

Pour le dire crûment, vous réalisez que la plupart du temps votre amour est fort semblable à celui du chat. Vous donnez aussi longtemps que vous êtes nourri. Bien entendu, vous ne réclamez pas exactement les mêmes choses que le chat. Vous voulez entendre ou ressentir que vous êtes beau ou quelque chose du même genre qui vous réconforte et vous permet de vous sentir en sécurité. Mais le modèle de base est le même – si l'on vous jette dehors, vos émotions sont illico modifiées et effectuent même une volte-face complète.

La réalisation est un réel défi. Elle demande sans équivoque possible une réorientation des valeurs. Si de 'bonnes' choses peuvent sortir du jeu des samskaras, alors la question se pose: «En vérité, où est le bien? où est le mal?» Les clichés moraux du bien et du mal apparaissent comme des caricatures éculées et désuètes. Ils se révèlent totalement inadaptés à l'analyse de la réalité des émotions et des sentiments.


CHAPITRE 4

LES CAUSES DES ÉMOTIONS ET DES SENTIMENTS

4.1 Comment se produisent les émotions et les pensées?

La distinction qui a été faite entre les émotions et les sentiments peut s'appliquer également aux différentes formes de pensées. De nombreuses pensées sont apparentées à des émotions en ceci qu'elles ne sont rien de plus que des réactions. Comprendre ce point nous conduira à une plus large définition des émotions.

Essayer l'expérience suivante. Asseyez-vous tranquillement et commencez à scruter vos pensées. N'essayez pas de les stopper. N'interférez avec elles en aucune façon. Devenez-en simplement conscient ainsi que de la manière dont elles se présentent à votre esprit. C'est en soi une technique de méditation majeure. Au commencement, vous ne pouvez pas distinguer grand chose parce que l'esprit est trop rapide; les pensées se suivent les unes après les autres sans interruption et vous finissez par penser au lieu de méditer. Cependant, lorsque vous persistez dans cette pratique, le mental à tendance à ralentir et vous devenez capable de discerner chaque pensée aussitôt qu'elle apparaît dans votre champ de conscience. À ce point, vous pouvez faire une observation essentielle. Si vous pouvez observer simplement la pensée, sans aucune forme de réaction, elle disparaît et une autre pensée fait son apparition. Répétez ce processus. Observez-les sans réagir et les pensées s'évanouissent. Si vous pouviez maintenir cette attitude, observer sans réagir, la paix de votre mental serait établie de façon permanente car les pensées seraient comme des oiseaux volant dans l'arrière plan d'un paysage. 11 Elles ne vous perturberaient pratiquement plus et ne laisseraient aucune trace dans votre mental.

Mais ce n'est pas du tout le cas. Chaque fois qu'une pensée ou une perception survient, la tendance du mental est de s'en emparer et de lui accrocher une autre pensée au moyen d'une association quelconque. Par exemple, vous entendez un bruit venant de votre frigo et le mental déclare: «Le frigidaire est vide.» Ensuite, il enchaîne avec «Brünnehild vient déjeuner.» Puis: «Il faut que j'aille faire des courses.» «Mais d'abord il faut que j'aille à la banque.» et ainsi de suite. Ou bien une pensée survient au sujet de votre ami Victor et le mental enchaîne «Il n'est pas aussi sympa que Zaccharie.» et ensuite: «Zaccharie me doit de l'argent.» et «Comment pourrais-je le lui rappeler poliment?» et c'est ainsi que la danse sans fin va son chemin.

Il doit être clair que ce mode opératoire est fondamentalement semblable au modèle que nous avons décrit pour les émotions.

stimulus ==> samskara ==> réaction

Dans le cas des pensées, le stimulus est la première pensée, telle que Victor ou une sensation telle qu'un bruit venant du frigidaire. La réaction est la pensée suivante que l'esprit saisit et lui relie. Ensuite, la seconde pensée à son tour devient un stimulus pour la réaction suivante et ainsi de suite:

pensée ou perception ==> micro–samskara ==> une autre pensée

Cependant, s'il n'y avait pas un micro-samskara pour faire une association entre les deux pensées, le mental stopperait tout simplement et deviendrait silencieux. Ces samskaras peuvent ne pas être dotés d'autant de charges émotionnelles que ceux que nous avons étudiés précédemment, mais ils ont cependant toutes les caractéristiques des samskaras. Ils sont imprimés dans le mental et créent une certaine réaction quand ils sont déclenchés par le stimulus approprié.

Cette approche projette une lumière différente sur le courant incessant des pensées qui apparaissent quand vous fermez les yeux et observez le fonctionnement de votre mental. Ces pensées ne sont rien d'autre que la conséquence du dynamisme de vos samskaras. Si vous n'aviez plus de samskaras ou si vous pouviez neutraliser les différentes couches de vos samskaras, alors il vous serait possible de vous arrêter de penser et d'accéder directement aux domaines supérieurs de la conscience.

En sanskrit, toutes les pensées et tous les petits mouvements mentaux qui se produisent continuellement dans le mental sont appelés vṛttis. La racine du mot, vṛt signifie 'tourner'. Dans le texte majeur du système de Yoga, les Yoga-Sūtras de Patañjali, la toute première instruction est: Yogaś citta-vṛtti-nirodaḥ (1.2), ce qui signifie: «Le Yoga est l'éradication des vṛttis du mental.» Le message est clair – aussi longtemps que les samskaras polluent votre conscience en suscitant constamment des réactions mentales et des émotions, l'état de Yoga, l'unité transcendantale, ne peut être obtenu. En sanskrit, la couche dans laquelle toutes ces réactions ont lieu et dans laquelle elles sont gravées est appelée manas (ce qui correspond au corps astral dans le système des corps subtils utilisé dans les travaux de Clairvision.) Manas est habituellement traduit par 'mental' et, comme nous l'avons vu, c'est dans ce sens que le mot 'mental' est employé dans ce livre.

Peu importe que vous perceviez ce qui vient des couches de ce mental/manas comme des émotions, des pensées ou un mélange des deux. Pensées ou émotions, nous sommes en présence fondamentalement de réactions déclenchées par des samskaras. Leur nature est bien celle des réponses conditionnées.

De ce point de vue, le problème n'est pas tant de faire la différence entre les pensées et les émotions, mais de distinguer ce qui est une réaction et ce qui n'en est pas une, ce qui vient des samskaras et ce qui n'en provient pas. En d'autres termes, vous voulez être capable de faire la différence entre le mécanisme des samskaras et la spontanéité du Moi. Dans ce but, de même que nous avons établi une distinction entre les émotions et les sentiments, une distinction doit être faite clairement entre les pensées qui trouvent leur origine dans les samskaras et les autres.

Le but de ce travail n'est pas d'éradiquer toute forme de pensée et de vous transformer en légume. Néanmoins, de même que les émotions venant d'une réaction de l'esprit peuvent être progressivement remplacées par des sentiments spontanés, de même la pensée venant de réactions mécaniques peut être remplacée par la pensée vivante du mental transformé ou 'super mental' (corps astral transformé.) Pour avoir une vue plus claire de ces transformations, il nous faut comprendre réellement ce que sont les sentiments.

4.2 Les sentiments

S'il n'y avait pas de princesse, qui voudrait combattre le dragon? Si le but était seulement d'atteindre une certaine tranquillité émotionnelle, qui voudrait s'engager dans le long et difficile processus de neutraliser le mental/manas? Il serait beaucoup plus simple d'apprendre à remplacer les émotions négatives par des émotions 'positives', comme dans ces méthodes dans lesquelles on vous enseigne à envoyer des affirmations positives dans la partie subconsciente de votre mental. De telles pratiques peuvent apporter de réelles améliorations. Il y a cependant un point faible dans leur conception. Elles accumulent un conditionnement par-dessus un autre conditionnement. Les profondeurs du mental répètent continuellement: «Je suis vilain et malade, je suis vilain et malade.» Alors, on met par-dessus l'affirmation: « Je suis beau, je suis beau», dans l'espoir que le mental va se mettre à répéter cette seconde affirmation plus souvent que la première. Ces méthodes peuvent vous aider à devenir plus performant dans vos activités quotidiennes, mais elles n'apportent en aucune façon une solution au vrai problème – l'éclipse du Moi provoquée par les samskaras. Les affirmations positives peuvent calmer le dragon, mais il manque la princesse. Si notre objectif est la liberté métaphysique, il nous faut nous débarrasser complètement des samskaras, et non pas remplacer un conditionnement noir par un rose.

Il est facile de parler des émotions, précisément parce qu'elles appartiennent au mental/manas et parce que notre langage se situe justement à ce niveau. Il n'est pas aussi facile de parler des sentiments parce que par nature ils transcendent cette couche. Les sentiments appartiennent au 'non-mental' (corps astral transformé). Les mots ne peuvent vous donner qu'une faible idée des sentiments. Mais une représentation de ce qui est situé au-delà du royaume du mental ne permettra jamais une compréhension réelle. Une expérience directe est nécessaire.

Le mécanisme causal des sentiments est complètement différent de celui des émotions. Les émotions apparaissent souvent stupides, cependant elles suivent une certaine logique et sont hautement prévisibles. Au contraire, les sentiments sont au-delà de la logique rationnelle. Pendant longtemps, au cours de votre processus de développement, vous ne savez jamais quand un sentiment réel va se manifester. Les sentiments sont comme des dons et le mental/manas n'a aucun contrôle sur eux. Il peut les bloquer, dans une certaine mesure, mais il ne peut les inventer.

Il a été dit plus haut que les émotions peuvent être perçues comme des vagues. Les sentiments aussi peuvent être définis comme des vagues intérieures, mais d'une nature complètement différente. Au lieu de vous emporter loin de votre centre, les sentiments révèlent votre Moi supérieur. Ils illuminent le coeur même de votre personnalité. Contrairement à la trépidation superficielle des émotions, un sentiment est un éveil immobile et profond. Au lieu d'une e-motion (mouvement extérieur), le sentiment est une 'immobilité intérieure', une vague tranquille qui crée un contact avec les parties les plus profondes de vous-même. La direction des sentiments est définitivement centripète, alors que celle des émotions est centrifuge. Les émotions dispersent, elles éparpillent votre vie dans toutes les directions. Les sentiments la recentrent.

Une autre caractéristique des sentiments est leur densité, leur plénitude. Au niveau de l'expérience, les émotions apparaissent vides comparées à la plénitude des sentiments. Ceux qui prétendent que leur vie serait ennuyeuse sans le frémissement des émotions n'ont aucune idée de ce qui se trouve de l'autre côté du mental/manas. Les émotions créent une agitation frémissante qui reste confinée dans une mince couche du mental. Un sentiment, au contraire, est un éveil multidimensionnel grâce auquel on éprouve une grande plénitude de l'être. Vous existez de façon plus intense grâce aux sentiments alors que les émotions vous dérobent une partie de votre être.

4.3 Les émotions vous font court-circuiter le Moi

La différence la plus importante entre les émotions et les sentiments est que les émotions vous font court-circuiter le Moi, l'Ego supérieur, alors que les sentiments lui sont associés. De manière à rendre ceci plus clair, nous allons utiliser un modèle simplifié des corps subtils. On peut considérer qu'un être humain est constitué comme suit:

  1. un corps physique;
  2. un corps éthérique ou couche de force vive ou enveloppe de prana;;
  3. un corps astral qui correspond au mental/manas de la tradition hindoue et qui est le siège des émotions aussi bien que des pensées qui résultent des samskaras. À proprement parler, le corps astral est la structure et le mental/manas la fonction. Les deux ne peuvent pas être réellement séparés et les termes 'corps astral' et 'mental/manas' peuvent virtuellement être considérés comme des synonymes; 12
  4. une couche de conscience de Soi que nous appelons Ego ou Ego Supérieur ou Moi ou Moi Supérieur ou Esprit. Dans ce contexte, la signification du mot Ego est très différente de ce qui est utilisé par les maîtres hindous ou bouddhistes. Pour eux, le mot ego correspond au 'petit-ego' ou 'ego-avide' – celui qui est le résultat du conditionnement par les samskaras. Ce 'petit-ego' est virtuellement synonyme de mental/manas, la couche des émotions venant des réactions et des conditionnements qui correspondent au corps astral de notre classification. Dans un but de simplification dans le contexte de ce livre, comme dans L'Éveil du Troisième Œil et Entités..., les termes Ego, Ego supérieur, Moi, Moi supérieur et Esprit sont considérés comme synonymes.

Cette image montre le corps physique [4] et le corps éthérique [3] qui composent le complexe inférieur [B];
ainsi que le corps astral [2] et l'Égo [1] qui composent le complexe supérieur [A].

Dans le cadre de ce modèle des quatre véhicules, le travail de transformation de soi-même peut être décrit comme la purification du corps astral ou mental/manas, à la suite de laquelle le Moi est ressenti dans sa pureté et sa totalité. Retournons au Yoga-Sutra de Patanjali. Comme nous l'avons vu, ce manuel de réalisation commence par les termes suivants: «Le Yoga est la suppression des fluctuations de chitta», ce qui équivaut à: «Le Yoga est la suppression des fluctuations du mental/manas,» puisque chitta n'est rien d'autre que la substance du mental/manas. Une traduction plus exacte est donc: «Le Yoga est l'éradication des vrttis de la substance du mental.» Le vers suivant des Yoga-Sutras est:

tadā draṣṭuḥ svarūpe 'vasthānam (1.3)

«Alors, le voyant est établi dans sa vraie nature.»

De nouveau, le message est clair. Rendez le mental/manas transparent et immédiatement le Moi se révèlera derrière lui. Le mental/manas et ses samskaras constituent un voile qui masque le Moi.

Si nous analysons le fonctionnement des samskaras selon les termes de ce simple modèle des corps subtils, que trouvons-nous? Examinons de nouveau l'exemple du bruit du frigidaire qui vous rappelle que Brünnehilde vient déjeuner. Le son est d'abord perçu au moyen de l'ouie, du corps physique, la perception est transmise à la couche d'énergie, le corps éthérique et atteint la couche de la conscience mentale et des émotions (corps astral). À ce point, cependant, il se produit un court-circuit. Au lieu d'être reçu par le Moi, le son est reçu par le mental/manas qui crée une association et génère une pensée – toujours dans le corps astral. Ensuite un autre micro-samskara est déclenché et une autre pensée apparaît, toujours dans le corps astral.

Comment cela se manifeste-t-il? Vous pensez sans vous rendre compte que vous pensez. Le Moi, la conscience de Soi est laissé en dehors du processus de la pensée. Cela peut être facilement observé par la pratique de la vigilance interne. Il y a des moments où vous êtes conscient et si une pensée intervient, vous êtes en mesure de simplement la contempler et de la laisser aller sans interrompre le flot de votre conscience. Un autre jour, vous êtes pris par un train de pensées. Une pensée survient, puis une autre après la première et vous ne réalisez même pas ce qui se passe. Ce n'est pas vous qui pensez, ce sont les pensées qui se pensent elles-mêmes dans votre esprit. Votre conscience est perdue, accablée par le mental/manas. Ce n'est qu'après quelques minutes (ou quelques heures) que vous vous souvenez de vos objectifs et que vous restaurez votre conscience intérieure.

Le même processus de débordement du Moi peut intervenir de façon encore plus évidente avec les émotions. Par exemple, un conducteur vous surprend par un coup de klaxon au moment où vous l'attendez le moins. Vous percevez le son (corps physique), il est transmis à travers la couche d'énergie (corps éthérique) et atteint votre mental/manas. Une fraction de seconde plus tard, vous vous surprenez en train d'insulter le chauffard. Le fait est que vous étiez totalement inconscient du samskara qui a été déclenché et qui a réagi. Cela indique clairement que la couche de conscience du Moi a été contournée. L'évènement a pénétré jusqu'au corps astral et une réaction (les paroles d'insulte) a suivi mécaniquement. Le plus important des quatre véhicules, celui de la conscience du Moi a été court-circuité.

Entre les pensées et les émotions du mental/manas et la conscience du Moi, les relations sont celles du mangeur mangé. Vous pouvez soit réagir, soit être conscient, mais vous ne pouvez pas faire les deux à la fois. Quand vous réagissez, vous perdez la conscience de l'évènement. Il n'est pas exagéré de décrire le mental/manas comme celui qui mange le Moi. Grâce au travail de transformation du Moi, cette relation peut être lentement inversée. La couche de conscience du Moi mûrit en un insondable Moi qui devient capable de neutraliser n'importe quelle vague de mental/manas, même avant qu'elle ne se produise. Comme le dit l'un des textes fondamentaux des Védanta, le Moi devient le 'mangeur', le 'dévoreur' de toutes choses (Brahma-Sutra 1.2.9).

4.4 Sentiments, Moi et unité

Contrairement aux émotions, les sentiments sont doués d'un sens du Moi. En ce qui concerne les sentiments, il y a de nombreux degrés. Quelques sentiments ont juste une teinte de conscience du Moi, à peine plus qu'un arrière plan. D'autres vous relient aux niveaux les plus profonds et font briller votre Moi comme un soleil. Cependant le trait le plus commun à tous les sentiments est que, contrairement aux émotions, ils ne masquent pas le Moi, mais au contraire le révèlent. Les sentiments établissent un lien expérimental avec la petite flamme, la présence éternelle du Moi dans le coeur – alors que les émotions prennent place dans la personnalité de surface, la façade.

Cela suggère que les émotions vous séparent des personnes ou des circonstances qui les déclenchent, car dans une émotion, votre Moi n'est tout simplement pas présent. Il est tenu hors de l'action. Comment pourrait-il donc y avoir unité entre votre Moi et la situation quand votre Moi n'est pas là?

Un sentiment, au contraire, crée une unité entre vous et l'objet ou la personne en relation avec lui. Supposons que vous êtes en train d'observer les milliards d'étoiles dans un ciel nocturne et que la beauté du moment génère une vague intérieure; soudain, vous êtes devenu partie intégrante de l'Univers. Il y a un sens fort et tangible d'unité avec le ciel étoilé. C'est un sentiment. Juste avant, vous étiez en train d'observer les constellations et il n'y avait rien de plus que des taches blanches sur un fond noir. Peut-être étiez-vous en train d'apprendre à reconnaître leur position ou peut-être pensiez-vous à autre chose, bien loin des étoiles. Vous regardiez en utilisant le mental/manas. D'un côté, il y avait vous sur le sol et de l'autre les taches blanches. Maintenant, soudain une part profonde de vous-même s'éveille et vous procure un sentiment intime de votre unité avec le cosmos. C'est toute votre perception qui est transformée, comme si vous étiez dans un espace différent. L'Univers prend soudain un sens pour votre âme. Un sentiment est né.

Prenons un autre exemple, quelque chose qui va arriver à de plus en plus de thérapeutes au cours des décennies à venir et qui peut créer une révolution dans l'art du diagnostic. Un ami ou un client vient vous voir souffrant d'une douleur. Vous ressentez une intense compassion pour lui. Vous êtes dans votre coeur, oubliant pour un instant tous vos problèmes personnels, vous efforçant s'être aussi ouvert que possible. Alors, sans avoir à poser aucune question, vous réalisez soudain que vous ressentez la douleur là où elle se trouve. Ce n'est même pas que vous savez où la douleur se trouve, vous la ressentez! Vous ressentez son corps comme si c'était le vôtre. Il y a une vague d'unité entre vous deux. Résultat pratique, vous avez un flash, non pas de clairvoyance ou de claireaudience, mais de 'clairsentir'. Vous sentez que votre ami se comporte comme si vous étiez dans son corps. Pour qu'une telle expérience puisse se produire, il est indispensable que vous soyez capable de tout oublier de vos propres difficultés et de vos propres émotions et de n'être là que pour l'autre, lui ouvrant votre coeur sans aucune restriction.

Un point crucial concernant ce 'clairsentir' est que vous ressentez la douleur et les émotions de l'autre personne, mais chez vous il n'y a aucune souffrance associée à cet état. L'ami éprouve ma douleur à son niveau d'émotion (le mental/manas), mais vous la recevez à votre niveau de sentiment. Vous ne souffrez pas avec lui, vous êtes avec lui pendant qu'il souffre ce qui est très différent. C'est une proximité, une ouverture de coeur à coeur, mais il n'y a rien de déplaisant ou de douloureux pour vous dans cet état.

Un des buts principaux de la technique de régression ISIS est de vous aider à développer cette capacité de haute compassion et de ressentir ce que les autres expérimentent dans leur corps et leur esprit. Pendant que vous jouerez le rôle de connecteur, il vous arrivera de plus en plus souvent d'éprouver un sentiment ou de recevoir une image, juste avant que le client ne le mentionne. Ces moments de 'perception partagée' s'accompagnent souvent d'une sensation que votre Moi supérieur est présent et participe au processus.

Essentiellement, un sentiment est un mode de connaissance au moyen de l'identification. Il s'agit d'entrer en accord avec un objet ou une personne et de laisser leurs qualités se mettre à vivre à l'intérieur de votre Moi. C'est plus que de simplement entrer en résonance avec l'objet, c'est une expérience d'identification métaphysique. Il y a bien entendu des degrés dans ce type d'expériences, mais quand votre capacité à ressentir augmente, cette perception de l'unité devient de plus en plus claire.

L'unité associée aux sentiments vous donne la capacité de comprendre les choses et les êtres de l'intérieur. Vous ne les regardez plus de l'extérieur et vous n'êtes plus stupéfait de la différence qu'il y a entre eux et vous. Si, par l'intermédiaire du sentiment, vous pouvez 'devenir un' avec ce qu'ils sont, ne serait-ce que pour un court instant, alors ils ne peuvent plus vous être étrangers. Cette perception sans laquelle l'amour ne peut être qu'une façade entraîne une acceptation métaphysique profonde des situations et des gens. Il est possible que vous travailliez dans des directions différentes et avec des objectifs contradictoires. Les sentiments vous conduiront cependant à ressentir que cette personne et vous ne font qu'un. Vous faites ce que vous avez à faire, m&#